Une quête désespérée dans un système opaque

Pendant un an, Carmen Navas a sillonné les prisons du Venezuela à la recherche de son fils, Víctor Hugo Quero Navas, 51 ans. Arrêté en janvier 2025 par les services de renseignement militaire, ce professeur de karaté et vendeur ambulant a disparu dans les geôles du régime. Le 25 juillet 2025, après dix mois de détention, les autorités ont finalement reconnu sa mort, officiellement due à une insuffisance respiratoire.

Des accusations politiques et un silence imposé

Víctor Quero Navas, surnommé « le Russe » en raison de ses cheveux blonds et de ses yeux clairs, a été arrêté sous des chefs d’accusation de trahison, conspiration et terrorisme. Ces charges, fréquemment utilisées contre les dissidents politiques au Venezuela, n’ont jamais été étayées par des preuves tangibles. Emprisonné à El Rodeo I, près de Caracas, sa famille ignorait même où il se trouvait.

Dès le mois de février 2025, des codétenus ont signalé que Víctor avait été transféré à l’infirmerie de la prison après avoir vomi du sang. Plus personne ne l’a revu depuis. Malgré les demandes répétées de sa mère, les autorités ont maintenu un mutisme total pendant des mois.

Une mère harcelée et ignorée

Une fois informée de la localisation de son fils, Carmen Navas s’est rendue à El Rodeo I à une douzaine de reprises, espérant le voir. À chaque visite, elle était confrontée à l’hostilité des gardiens. Lors d’une de ces démarches, des agents du renseignement l’ont interrogée pendant plus de six heures. Un responsable de la prison lui a même lancé : « Pourquoi insistez-vous à venir ? », selon le témoignage du journaliste Víctor Amaya.

Lorsque le régime a finalement admis la mort de Víctor, les autorités ont affirmé qu’il n’avait « aucune famille » et qu’aucun proche n’avait demandé à le voir. Pourtant, Carmen Navas avait déposé des dizaines de requêtes et fourni des preuves de son lien de parenté. Son corps a été enterré dans une tombe marquée, et les autorités prévoient désormais une exhumation pour confirmer les causes du décès – une procédure que les défenseurs des droits humains jugent peu crédible.

« L’enquête ne peut rester sous le contrôle de ceux qui étaient responsables de la garde de la victime, surtout quand des éléments remettent en cause la transparence et la crédibilité du récit officiel. »

Martha Tineo, directrice de l’organisation Justicia, Encuentro y Perdón

Un régime qui musèle et un bilan macabre

Alors que le gouvernement vénézuélien, dirigé par Delcy Rodríguez, promet des mesures d’amnistie, les organisations de défense des droits humains, comme Foro Penal, recensent encore 454 prisonniers politiques derrière les barreaux. Depuis une décennie, 27 d’entre eux seraient morts en détention, selon les estimations des ONG.

Malgré ces révélations, la communauté internationale semble divisée. Alors que le régime de Nicolás Maduro est accusé de répression systématique, certains acteurs étrangers, comme l’administration Trump, mettent en avant des perspectives économiques plutôt que les violations des droits humains. Quelques heures après l’annonce de la mort de Víctor, l’ambassade des États-Unis au Venezuela publiait un message sur X (ex-Twitter) vantant les opportunités d’investissement dans le secteur énergétique.

Une tragédie qui illustre l’impunité du régime

L’histoire de Víctor Quero Navas et de sa mère Carmen Navas est loin d’être un cas isolé. Elle reflète la réalité d’un système judiciaire instrumentalisé, où les familles des détenus sont systématiquement ignorées, et où les morts en détention sont minimisées ou niées. Pour les défenseurs des droits humains, cette affaire rappelle l’urgence d’une intervention internationale pour faire la lumière sur les pratiques du régime vénézuélien et mettre fin à l’impunité.

Source : Reason