Le 2 octobre 2018, John Griswold, un père de deux enfants sans casier judiciaire, a été arrêté par la police de Brighton, dans le Michigan, à la suite d'une dispute avec son frère. Les proches de Griswold ont informé les officiers qu'il avait ingéré au moins dix comprimés inconnus, identifiés plus tard comme des médicaments contre les ulcères. En route vers la prison du comté, Griswold présentait des symptômes alarmants : élocution confuse, difficultés à rester debout et incapacité à marcher normalement.

À son arrivée en prison, l'infirmière Trina Barnett a observé des signes de détresse, notamment des pupilles en pointe et une transpiration excessive. Elle a immédiatement ordonné une évaluation médicale en urgence. À l'hôpital St. Joseph Mercy Livingston, le médecin William Kanitz a diagnostiqué un allongement de l'intervalle QTc, une condition liée aux antidépresseurs pouvant provoquer des arythmies cardiaques. Bien que le patient ne présentait pas de risque immédiat, Kanitz a explicitement averti les policiers dans son compte-rendu de sortie : toute détérioration de son état ou des vomissements récurrents devaient nécessiter des soins médicaux immédiats.

Malgré ces instructions claires, Griswold a passé la nuit en cellule. Il a vomi abondamment et est resté inconscient dans la même position jusqu'au lendemain matin, où il est décédé d'un arrêt cardiaque soudain, selon les documents judiciaires.

Une décision judiciaire controversée

Cette semaine, la cour d'appel du 6e circuit a accordé l'immunité qualifiée à onze policiers du comté de Livingston, les protégeant ainsi de poursuites civiles pour violation des droits constitutionnels de Griswold. Cette décision annule un jugement rendu en mars 2025 par le juge Robert White, du tribunal de district des États-Unis pour le district oriental du Michigan, qui avait refusé l'immunité à sept officiers et au comté.

Les avocats de la famille Griswold avaient argué que les policiers avaient fait preuve d'une indifférence délibérée, en raison d'un manque de formation adéquate. Cependant, la cour d'appel a estimé que les conditions pour prouver une violation des droits de Griswold, en tant que détenu en attente de jugement, n'étaient pas remplies. Selon les juges, l'état de Griswold n'était pas suffisamment grave pour nécessiter des soins immédiats, et ses symptômes n'étaient pas « évidents » au point de sauter aux yeux d'une personne moyenne.

La cour a comparé cette affaire à des précédents judiciaires, notamment Blackmore v. Kalamazoo County (2004), Preyor ex rel. Preyor v. City of Ferndale (2007) et Burwell v. City of Lansing (2021), où des critères similaires avaient été appliqués. Dans le cas de Griswold, bien qu'il ait vomi à plusieurs reprises et présenté des signes de détresse, la cour a estimé que ses « mouvements mineurs » et l'absence de « signes extérieurs de souffrance » ne justifiaient pas une intervention médicale immédiate.

Des témoignages contradictoires

Pourtant, les propres témoignages des policiers semblent contredire cette interprétation. Après que Griswold ait vomi vers 20 heures, les officiers ont affirmé l'avoir surveillé à 25 reprises au cours de la nuit. Malgré cela, aucun appel aux services médicaux n'a été effectué. Les avocats de la famille ont souligné que ces vérifications superficielles ne constituaient pas une prise en charge médicale appropriée, d'autant plus que Griswold était inconscient et incapable de se plaindre de sa condition.

Cette affaire soulève des questions cruciales sur la responsabilité des forces de l'ordre dans la prise en charge des détenus, en particulier ceux présentant des signes de détresse médicale. Alors que l'immunité qualifiée protège les policiers contre les poursuites, elle laisse les familles des victimes sans recours, malgré des circonstances tragiques et évitables.

Source : Reason