Un État riche, mais en crise
Los Angeles — Les deux élections les plus déterminantes de Californie se transforment en véritables spectacles politiques. Après des années de dysfonctionnements visibles, les démocrates peinent à justifier leur prétention à une gestion compétente du pouvoir. Pourtant, cet État, symbole de richesse, d’innovation et d’influence culturelle, peine à assurer les services publics essentiels : logement, sécurité et réponse aux catastrophes naturelles.
Des échecs accumulés
Ces dysfonctionnements ne datent pas d’hier. Cependant, la pandémie de COVID-19 et les incendies dévastateurs de l’année dernière ont exacerbé la frustration des Californiens envers leurs dirigeants. Cette colère s’exprime désormais clairement dans les courses électorales pour le poste de gouverneur et celui de maire de Los Angeles.
La course au gouvernorat : une primaire démocrate en désordre
Dans la course au gouvernorat, aucun démocrate ne s’impose comme l’héritier naturel de Gavin Newsom, dont les huit années à la tête de l’État pèsent sur sa future candidature à la Maison-Blanche. Xavier Becerra, ancien secrétaire à la Santé de Biden et favori avec seulement 4 % d’intentions de vote en avril, a vu sa position se renforcer après le retrait d’Eric Swalwell, contraint de quitter la course en raison d’accusations d’agressions sexuelles.
Tom Steyer, milliardaire autoproclamé progressiste, dépense sans compter pour se positionner comme le candidat le plus à gauche du scrutin, injectant au moins 132 millions de dollars de sa poche. Katie Porter, ancienne étoile montante du progressisme, voit sa campagne s’essouffler depuis qu’une vidéo virale la montre en train de critiquer violemment un collaborateur.
Matt Mahan, maire de San José, reste également marginalisé dans les sondages, malgré le soutien financier de la Silicon Valley, espérant incarner une alternative crédible face aux autres candidats.
Les républicains, bien que largement minoritaires dans l’État, pourraient néanmoins se qualifier pour le second tour grâce au système de la « jungle primary » californien. Steve Hilton, animateur vedette de Fox News et proche de Trump, mène la course républicaine avec un discours sans détour : la domination démocrate à un seul parti a détruit le « rêve californien ».
Chad Bianco, shérif du comté de Riverside et figure ultra-conservatrice, incarne l’aile la plus radicale du parti, proche des milices d’extrême droite comme les Oath Keepers.
Los Angeles : une maire en difficulté face à l’incendie politique
La course pour la mairie de Los Angeles est tout aussi chaotique. La maire sortante, Karen Bass, lutte pour sa survie politique après les incendies dévastateurs de janvier 2023. Spencer Pratt, personnalité de la téléréalité, s’est transformé en porte-étendard de la colère anti-establishment après avoir perdu sa maison dans les flammes. Il accuse Bass et les dirigeants municipaux d’avoir failli à leur mission.
Nithya Raman, membre du conseil municipal et démocrate socialiste, reproche à l’administration Bass son manque d’audace dans la résolution des crises, notamment en matière de logement et de services publics.
La campagne de Pratt, bien que marginale, gagne en visibilité grâce à des attaques virulentes contre les dirigeants locaux. Bien qu’inscrit comme républicain, il évite soigneusement d’être associé à un parti, tout en étant récupéré par les influenceurs pro-Trump comme symbole de révolte contre le pouvoir démocrate.
Un spot publicitaire généré par intelligence artificielle, montrant Bass grimée en Joker et Newsom en aristocrate français, a circulé massivement en ligne, cumulant des millions de vues et suscitant de vifs débats.
« La Californie, autrefois modèle de prospérité et d’innovation, est aujourd’hui le miroir des échecs d’un système politique à bout de souffle. »
Une défiance généralisée
Ces élections révèlent une crise de confiance sans précédent envers les institutions californiennes. Entre gestion désastreuse des catastrophes, pénurie de logements et insécurité croissante, les électeurs remettent en cause la capacité des démocrates à diriger l’État. Les primaires, marquées par des divisions et des candidats improbables, reflètent cette perte de légitimité.