En décembre dernier, l’annonce du financement d’une étude controversée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) a suscité une vive polémique. L’agence américaine a accordé 1,6 million de dollars à un groupe de recherche danois pour évaluer les effets du vaccin contre l’hépatite B chez les nourrissons en Guinée-Bissau. L’essai, prévu sur cinq ans, comparait deux groupes : des bébés vaccinés à la naissance et d’autres à six semaines.
En tant qu’étudiant en médecine et chercheur, j’ai été choqué par l’inégalité flagrante de cette étude. Les essais cliniques randomisés ont déjà prouvé que l’administration du vaccin à la naissance offre de meilleurs résultats. Pourtant, le choix du lieu de l’étude interroge : la Guinée-Bissau, où l’hépatite B est endémique, où la couverture vaccinale est inférieure à la moyenne mondiale et où 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, devient le terrain d’un protocole discutable.
Ce cas n’est malheureusement pas isolé. Il révèle une réalité plus large : notre formation médicale accorde une place dérisoire aux exemples de racisme systémique dans la santé. En quatre ans d’études, je n’ai étudié qu’un seul cas emblématique : l’expérience de Tuskegee, où des hommes noirs syphilitiques ont été privés de traitement entre 1932 et 1972 pour observer l’évolution naturelle de la maladie.
Ce manque criant de diversité dans les enseignements perpetue une vision biaisée de l’histoire médicale. Pourtant, d’autres exemples existent :
- L’expérience de la fistule obstétricale en Haïti : des femmes noires ont subi des interventions non consenties dans les années 1950 pour tester des techniques chirurgicales.
- Les essais de stérilisation forcée aux États-Unis : entre les années 1920 et 1970, des milliers de femmes noires et latino-américaines ont été stérilisées sans leur consentement.
- Le rejet des patientes noires dans les hôpitaux américains : au début du XXe siècle, des femmes noires enceintes étaient systématiquement refusées dans les services de maternité, entraînant des taux de mortalité maternelle disproportionnés.
- Les tests de médicaments sur des populations marginalisées : des essais de contraceptifs et de traitements contre le VIH ont ciblé des communautés noires et pauvres, souvent sans garantie éthique.
Ces épisodes, bien que documentés, restent absents des manuels scolaires ou sont relégués à des mentions anecdotiques. Résultat : les futurs médecins, comme moi, grandissent avec une vision incomplète des inégalités structurelles qui façonnent encore la médecine moderne.
Comment, dès lors, espérer des soins équitables si l’histoire qui les sous-tend est tronquée ? La formation médicale doit intégrer une analyse critique des biais raciaux, des inégalités socio-économiques et de leur impact sur la santé des populations. Sans cela, les erreurs du passé risquent de se répéter, sous couvert de « progrès scientifique ».
« La médecine ne peut prétendre à l’équité tant qu’elle ignore les injustices qui l’ont construite. »