L'alcool tue plus d'Américains que toute autre drogue, et de loin. Pourtant, les discussions sur les crises sanitaires liées aux substances se focalisent presque exclusivement sur des substances comme le fentanyl ou la méthamphétamine. Une enquête approfondie menée par les journalistes Isabella Cueto et Lev Facher, publiée par STAT, met en lumière cette contradiction : comment une substance aussi dangereuse peut-elle être si peu perçue comme une menace majeure pour la santé publique ?

Leur série intitulée « The Deadliest Drug », lancée cette semaine, vise à répondre à cette question en explorant les raisons de cette ambivalence collective. Alors que les overdoses de fentanyl font régulièrement la une des médias, l'alcool, responsable de près de 140 000 décès par an aux États-Unis, reste largement sous-estimé dans les débats politiques et sanitaires.

Les auteurs soulignent que cette perception biaisée s'explique en partie par des décennies de normalisation sociale de l'alcool, ainsi que par des intérêts économiques et culturels puissants. Contrairement à d'autres substances, l'alcool bénéficie d'une image associée au plaisir et à la convivialité, ce qui rend son impact sanitaire moins visible dans l'opinion publique.

Pourtant, les chiffres sont accablants : selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l'alcool est la troisième cause de mortalité évitable aux États-Unis, derrière le tabac et une mauvaise alimentation. Il est également responsable de 10 % des décès chez les adultes âgés de 20 à 64 ans, et son usage excessif coûte plus de 250 milliards de dollars par an en soins de santé et en perte de productivité.

Les auteurs de l'enquête appellent à une réévaluation urgente de la place de l'alcool dans les politiques de santé publique. Ils plaident pour une approche plus équilibrée, qui ne se contente pas de criminaliser les drogues illicites, mais qui reconnaisse aussi les dangers bien réels d'une substance légale et omniprésente.

Cette série de STAT s'inscrit dans un contexte où les États-Unis font face à une crise sans précédent des overdoses, avec plus de 110 000 morts par an liées aux opioïdes. Pourtant, malgré ces chiffres alarmants, l'alcool continue de bénéficier d'un traitement de faveur, tant sur le plan législatif que médiatique.

Source : STAT News