GameStop a officiellement annoncé, dimanche 12 mai, son intention de racheter eBay pour un montant estimé à près de 56 milliards de dollars. Une proposition audacieuse qui a immédiatement suscité des interrogations, notamment sur la faisabilité financière d’une telle opération.
Le lendemain, Ryan Cohen, PDG de GameStop et figure emblématique de la saga GameStop, s’est prêté à une interview avec CNBC. L’échange, qualifié par plusieurs médias de « bizarre », « évasif » ou encore « déroutant », a laissé plus d’un observateur perplexe. Cohen a en effet peiné à apporter des éclaircissements concrets sur la manière dont GameStop financerait et gérerait eBay, dont la valorisation boursière atteint 46 milliards de dollars, contre seulement 11 milliards pour GameStop.
Interrogé sur la répartition des fonds pour cette acquisition, Cohen s’est contenté de répondre : « Tout est détaillé sur notre site web : moitié en cash, moitié en actions. » Pourtant, même en tenant compte des 9 milliards de dollars de trésorerie disponibles et d’une lettre de financement de 20 milliards obtenue auprès de TD Securities, un déficit de 16 milliards de dollars subsiste. « On verra bien ce qui se passera, » a-t-il ajouté, face à l’insistance de Becky Quick, co-animatrice de CNBC, qui s’est exclamée : « C’est une question très simple. Je ne comprends pas. D’où viendra le reste de l’argent ? »
Cohen a alors rétorqué : « Je ne comprends pas votre question. Nous proposons une offre moitié cash, moitié actions. Nous avons la capacité d’émettre des actions pour finaliser l’opération, mais les détails complets sont sur notre site. »
Quelques heures plus tard, Ryan Cohen publiait sur X (ex-Twitter) un message ironique : « Je vends des trucs sur eBay pour payer eBay. » Ironie du sort, son compte eBay a été suspendu peu après, bien que ses annonces restent visibles, proposant notamment des cartes de baseball, un iPhone de première génération estimé à 9 000 dollars et d’autres objets de collection. Chaque annonce inclut une copie signée de sa lettre de proposition à eBay.
Lors de l’interview, Cohen a défendu son projet en soulignant le potentiel d’eBay : « eBay possède la deuxième plus grande franchise de commerce électronique. Il existe une énorme opportunité de développer bien plus ce modèle, en réduisant les coûts et en accélérant la croissance des revenus. » Il a également évoqué l’opportunité de renforcer l’activité des objets de collection, tout en promettant d’apporter une mentalité entrepreneuriale à la gestion du groupe.
GameStop détient déjà 5 % du capital d’eBay. La direction d’eBay a confirmé avoir reçu l’offre dans un communiqué, tout en précisant qu’elle n’émettrait aucun commentaire supplémentaire tant que son conseil d’administration étudie « attentivement et en profondeur » la proposition.
Dans une autre interview accordée au Wall Street Journal, Cohen a affirmé que ce rachat pourrait positionner GameStop comme un « concurrent légitime d’Amazon », dont le chiffre d’affaires s’élève à près de 717 milliards de dollars, contre seulement 3,6 milliards pour GameStop.