Le détroit d'Ormuz ressemble à une page tirée d'un conte persan. Large de seulement 24 miles, cette voie maritime stratégique, nommée d'après un dieu antique, serpente entre des falaises escarpées, des criques aux allures de fjords désertiques et des formations salines aux couleurs changeantes. Des châteaux portugais datant de plusieurs siècles bordent ses rives, tandis que des boutres traditionnels, ces voiliers emblématiques, continuent de sillonner ses eaux, transportant touristes et marchandises. Pourtant, ce joyau géographique est aussi l'artère la plus vulnérable de l'économie mondiale moderne.
Le 28 février 2026, quelques semaines après les frappes israéliennes et américaines contre l'Iran, Téhéran annonce la fermeture du détroit à la navigation commerciale. Deux jours plus tard, un projectile – vraisemblablement tiré par l'Iran – frappe un pétrolier, faisant deux morts parmi l'équipage. Les rares navires encore autorisés à transiter doivent désormais s'acquitter de rançons exorbitantes. Résultat : le prix du baril de pétrole double en quelques semaines. Mais le pétrole n'est que la partie émergée de l'iceberg.
De nombreuses industries dépendent des produits pétrochimiques iraniens, cibles privilégiées des bombardements. Leur arrêt prolongé menace des secteurs clés : l'électronique sud-coréenne et taïwanaise manque d'hélium, essentiel à la fabrication de semi-conducteurs, tandis que les plastiques, métaux et médicaments voient leurs approvisionnements s'effondrer. Pire encore, l'agriculture mondiale fait face à une crise des engrais, mettant en péril les récoltes de l'année prochaine.
Face à cette situation, le président Donald Trump fait de la réouverture du détroit une priorité absolue, tant sur le plan militaire que diplomatique. Un revirement ironique pour celui qui a déclenché cette guerre, aujourd'hui contraint de réparer les dégâts de son propre choix.
Un conflit évitable, des décennies de préparation
Cette guerre n'était pas une fatalité. Pendant des mois, l'administration Trump a massé des troupes au Moyen-Orient tout en formulant des exigences contradictoires. L'Iran, prêt à négocier, a été attaqué en pleine trêve entre deux rounds de discussions. Si le conflit a surpris la majorité des Américains, il était le fruit de décennies de lobbying mené par les faucons iraniens.
Ces derniers ont systématiquement sapé toute tentative de résolution pacifique du conflit, rejetant aussi bien la diplomatie que les sanctions. Leur logique ? Si l'Iran représente une menace existentielle, la force militaire devient la seule option viable. « Si les États-Unis veulent éviter de s'enliser dans les guerres du Moyen-Orient, ils doivent cesser de considérer les problèmes d'Israël et des monarchies arabes comme les leurs », analyse Robert Malley, ancien envoyé spécial de l'administration Biden pour l'Iran, dans une tribune récente pour le New York Times.
En refusant tout compromis, ces factions ont rendu la guerre non seulement possible, mais presque inévitable. Aujourd'hui, le monde paie le prix de cette stratégie hasardeuse.