Le cabinet de trading haute fréquence Jane Street, valorisé à 45 milliards de dollars, a déposé une motion pour faire rejeter une plainte l'accusant d'avoir bénéficié d'un avantage lié à des informations privilégiées lors de l'effondrement du stablecoin Terra en mai 2022.
En février dernier, Todd Snyder, l'administrateur chargé de la liquidation de Terraform Labs, a porté plainte contre Jane Street, son cofondateur Robert Granieri, ainsi que deux employés, Michael Huang et Bryce Pratt. Selon Snyder, la firme aurait réalisé des transactions « impossibles sans accès à des informations non publiques ».
Jane Street dément toute utilisation d'informations privilégiées
Dans sa motion déposée jeudi, Jane Street affirme que les allégations sont « autodestructrices ». La société souligne que sa plus grosse vente de UST, soit 85 millions de tokens, a été effectuée dix minutes après que les informations en question soient devenues publiques.
« La plainte reconnaît elle-même que Jane Street a vendu 85 millions de UST dix minutes après que les informations non publiques aient été rendues accessibles au marché », indique le document.
Un ancien stagiaire de Terraform Labs au cœur des accusations
Snyder accuse Bryce Pratt, un ancien stagiaire de Terraform Labs jusqu'en septembre 2021, d'avoir utilisé un canal informel pour obtenir des informations confidentielles de son ancien employeur. Selon la plainte, ces données auraient permis à Jane Street de vendre massivement des UST le 7 mai 2022, maximisant ainsi ses profits et évitant des pertes importantes.
Jane Street conteste cette version des faits. La firme explique que la vente de 85 millions de UST ce jour-là était une réponse à la détérioration du peg du stablecoin, et non le résultat d'informations privilégiées. Entre le 8 et le 13 mai, Jane Street a également ouvert des positions à découvert sur les UST et le LUNA, une stratégie que Snyder qualifie à nouveau d'illégitime.
La société affirme avoir commencé à construire ces positions le 8 mai, avant même qu'une éventuelle information sur un « plan de sauvetage » ne soit diffusée. Ce plan, évoqué comme une tentative de levée de fonds d'urgence pour soutenir le UST en chute libre, aurait selon Snyder été connu en avance par Jane Street.
D'autres acteurs du marché visés par des poursuites
Jane Street n'est pas la seule firme de trading ciblée par Snyder. En décembre, il a également poursuivi Jump Trading, une entreprise basée à Chicago, l'accusant d'avoir joué un rôle majeur dans l'effondrement de Terra. Jump Trading, plusieurs de ses filiales et deux de ses dirigeants sont mis en cause pour manipulation de marché, fraude et conflits d'intérêts.
En mars, Jump Trading a répondu à la plainte en qualifiant celle-ci de « tentative transparente d'éviter une amende de 4,4 milliards de dollars infligée par la SEC en 2024 ».
La motion de Jane Street a été déposée devant le tribunal du district sud de New York, où les juges disposent généralement de 60 jours pour statuer.