Kevin Warsh devrait être confirmé par le Sénat américain comme prochain président de la Réserve fédérale (Fed), un poste qui en ferait l’un des banquiers centraux les plus puissants au monde. Pourtant, lors de son audition de confirmation devant la commission bancaire du Sénat en avril, une question percutante a révélé les tensions autour de son profil : « Allez-vous être le pantin du président ? », a lancé le sénateur républicain John Kennedy, de Louisiane.
Cette interrogation reflète la pression exercée par Donald Trump sur la Fed pour qu’elle baisse ses taux d’intérêt, le président critiquant régulièrement l’actuel président de la Fed, Jerome Powell. Elle souligne aussi les contradictions de Kevin Warsh sur la question de l’inflation. Dans le passé, il s’était positionné en « faucon », prônant des hausses de taux pour lutter contre l’inflation et s’opposant aux pouvoirs exceptionnels accordés à la Fed après la crise financière de 2008. Aujourd’hui, il soutient les baisses de taux demandées par Trump pour stimuler la croissance.
Ses liens étroits avec le secteur financier, où il a travaillé, alimentent également les critiques. Des sénateurs comme Elizabeth Warren ont pointé les conflits d’intérêts potentiels liés à ses actifs non divulgués, bien que ceux-ci doivent être cédés avant sa prise de fonction, conformément aux règles éthiques.
Un parcours marqué par des revirements
Ancien gouverneur de la Fed et conseiller économique, Warsh a occupé des postes clés chez Morgan Stanley et le fonds d’investissement Duquesne Capital. Son expérience dans la finance, un secteur traditionnellement favorable à des politiques monétaires restrictives, pourrait paradoxalement renforcer son indépendance une fois confirmé. « Wall Street préfère généralement des politiques monétaires restrictives, même au détriment de l’emploi, car elles favorisent des profits bancaires plus élevés et des cours d’actions plus stables », explique-t-il dans ses prises de position passées.
Lors de son mandat de gouverneur après la crise de 2008, Warsh a défendu l’idée que l’inflation était le résultat de « mauvaises décisions politiques », plutôt que de facteurs structurels. Il a également critiqué les achats massifs d’obligations par la Fed, destinés à relancer l’économie en réduisant les taux d’intérêt à long terme.
Un rôle clé dans l’économie américaine
Si Warsh est confirmé, il rejoindra un comité de la Fed doté d’un pouvoir considérable. La banque centrale fixe non seulement les taux directeurs influençant les prêts à court terme, mais gère aussi un bilan de 6 700 milliards de dollars, principalement composé d’obligations d’État, qui affecte les coûts d’emprunt à long terme. Ses décisions, guidées par son mandat de maîtrise de l’inflation, ont des répercussions sur les prix des produits de consommation, les taux hypothécaires et la croissance économique.
Son profil, à la fois proche des milieux financiers et marqué par des positions changeantes, laisse planer des doutes sur son indépendance. Pourtant, certains observateurs estiment que son expérience dans la finance pourrait le pousser à adopter une ligne plus stricte sur l’inflation, malgré les pressions de l’administration Trump.