La metformine imite partiellement les effets de l'exercice
Une étude récente suggère que la metformine, un médicament couramment prescrit contre le diabète de type 2, pourrait produire un effet similaire à celui de l'exercice physique chez les patients atteints de cancer de la prostate. Selon les chercheurs, ce traitement stimule la production d'une molécule appelée N-lactoyl-phénylalanine (Lac-Phe), associée à la régulation de l'appétit et du poids corporel, même chez les personnes incapables de pratiquer une activité physique intense.
Un mécanisme découvert chez les athlètes
La molécule Lac-Phe avait été identifiée pour la première fois chez des athlètes et des coureurs d'ultra-marathon, où elle est produite en grande quantité pendant l'effort physique. Les chercheurs ont ensuite découvert que la metformine, en traitant des patients diabétiques, augmentait également les niveaux de Lac-Phe dans le sang.
Dans cette nouvelle étude, publiée le 6 avril dans la revue EMBO Molecular Medicine, des scientifiques ont analysé des échantillons sanguins de patients atteints de cancer de la prostate. Les résultats montrent que les niveaux de Lac-Phe chez ces patients traités à la metformine étaient comparables à ceux observés chez les athlètes après un effort intense.
« Le métabolisme altéré est l'une des caractéristiques du cancer. Nous nous sommes donc demandé ce qui se passerait chez les patients atteints de cancer traités par la metformine. »
Marijo Bilusic, MD, PhD, oncologue médical spécialisé en génito-urinaire au Sylvester Comprehensive Cancer Center
« Dans notre étude, nous avons été très surpris de constater que le niveau de Lac-Phe chez nos patients atteints de cancer de la prostate était exactement le même que celui des coureurs d'ultra-marathon. Cela n'avait jamais été rapporté auparavant. »
Un espoir pour la gestion du poids sous traitement
Bien que la metformine n'ait pas montré d'amélioration directe de la réponse au traitement (comme les niveaux de PSA ou la croissance tumorale), elle a été associée à une meilleure gestion du poids. Cela est particulièrement pertinent pour les patients sous thérapie anti-androgène, un traitement du cancer de la prostate souvent lié à une prise de poids.
Les chercheurs ont mené une analyse détaillée sur 12 patients en surpoids ou obèses (sans diabète) dans le cadre d'un essai clinique appelé BIMET-1. Ces participants ont reçu soit des soins standard, soit de la metformine à raison de 1 000 mg deux fois par jour, suivie d'une combinaison avec le médicament hormonal bicalutamide. Pour valider leurs résultats, les scientifiques ont également étudié 25 autres patients à différents stades de la maladie, dont sept prenaient de la metformine.
Une piste prometteuse, mais à confirmer
Le Dr S. Adam Ramin, urologue et oncologue non impliqué dans l'étude, qualifie ces résultats de « préliminaires intrigants ». Il souligne cependant la nécessité de mener des études plus vastes pour valider ces observations et comprendre pleinement les mécanismes en jeu.
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour les patients atteints de cancer de la prostate, en particulier ceux qui rencontrent des difficultés à maintenir une activité physique régulière en raison de leur état de santé ou des effets secondaires des traitements.
En résumé
- La metformine stimule la production de Lac-Phe, une molécule liée à la gestion du poids et de l'appétit.
- Les niveaux de Lac-Phe chez les patients traités à la metformine sont comparables à ceux des athlètes après un effort intense.
- La metformine pourrait aider à atténuer la prise de poids induite par les traitements hormonaux contre le cancer de la prostate.
- Des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats et explorer d'autres bénéfices potentiels.