Luis von Ahn, PDG de Duolingo, a récemment reconnu s’être trompé dans sa communication autour de l’intelligence artificielle (IA). L’an dernier, un mémo interne sur le sujet avait suscité une vive polémique, tant en interne qu’en externe, et fait chuter le cours de l’action de l’entreprise.
Dans une interview accordée à Rapid Response, animé par Bob Safian, ancien rédacteur en chef de Fast Company, le dirigeant a analysé ce qui a mal tourné et ce que cette expérience lui a enseigné sur les véritables capacités de l’IA, en particulier dans le domaine de l’éducation.
L’apprentissage de l’IA : motivation et résultats
Lors de cet échange, Luis von Ahn a partagé ses réflexions sur la manière dont les entreprises devraient aborder l’apprentissage des nouvelles technologies, notamment l’IA. Contrairement à l’approche ludique de Duolingo, il estime que la motivation dans l’apprentissage ne repose pas nécessairement sur le divertissement, mais plutôt sur des résultats concrets.
« Ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas présenté comme amusant qu’il ne peut pas motiver les gens, explique-t-il. Ce qui compte, c’est de trouver ce qui les pousse à agir. Par exemple, pour apprendre l’IA, créer un tableau de bord ou un mini-projet peut être un excellent motivateur. L’important est de trouver la bonne source de motivation. »
Un mémo interne devenu viral et ses conséquences
En 2023, Luis von Ahn avait envoyé un email interne à tous les employés de Duolingo, stipulant qu’aucun nouveau recrutement ne serait effectué sans preuve que l’IA ne pouvait pas accomplir le travail, et que les employés existants seraient évalués sur leur utilisation de l’IA. Cette communication, perçue comme une menace de licenciements massifs, a provoqué une vague de critiques sur les réseaux sociaux et une chute du cours de l’action.
« Je ne m’attendais pas à une telle réaction, avoue-t-il. En interne, cette décision n’a suscité aucune controverse. Duolingo est une entreprise technologique, et l’IA fait partie intégrante de notre ADN depuis le début. J’ai moi-même enseigné l’IA à l’université Carnegie Mellon. »
Selon lui, le problème venait d’un manque de clarté dans la formulation du mémo. « Je n’ai pas suffisamment contextualisé mon message, ce qui a laissé place à des interprétations erronées. Certains ont cru que je voulais licencier des employés, alors que ce n’était absolument pas l’intention. »
Les leçons tirées de cette expérience
Cette affaire a révélé les limites de l’IA dans certains contextes, notamment en matière de communication et de gestion des attentes. Luis von Ahn souligne que l’IA, bien qu’utile, ne peut remplacer totalement l’expertise humaine, en particulier dans des domaines comme l’éducation où l’interaction et la motivation jouent un rôle clé.
« L’IA est un outil puissant, mais elle a ses limites. Elle peut automatiser certaines tâches, mais elle ne peut pas remplacer la créativité, l’empathie ou la capacité à motiver les autres. C’est pourquoi, chez Duolingo, nous continuons à miser sur une approche humaine pour accompagner nos utilisateurs. »