Dans Le Diable s’habille en Prada 2, Miranda Priestly n’est plus la figure tyrannique et capricieuse qui a marqué les esprits. Désormais, c’est la culture Internet qui endosse le rôle du nouveau 'diable'. Le film, attendu depuis des années, met en scène Meryl Streep dans le rôle emblématique de l’éditrice tout-puissante de Runway, aux côtés d’Anne Hathaway, qui reprend son personnage d’Andy Sachs, désormais journaliste respectée.
Une satire de l’ère numérique
Sorti en salles ce vendredi, le long-métrage reflète les bouleversements d’une génération. La mode, autrefois perçue comme un milieu élitiste et impitoyable, a cédé sa place à la culture virale. Le scénario s’articule autour d’un scandale : un article de Runway, inspiré des pratiques de Shein, est accusé d’ignorer les conditions de travail déplorables dans l’industrie de la fast-fashion. Ce faux pas déclenche une vague de critiques en ligne, mettant en péril l’avenir du magazine.
Andy Sachs, désormais rédactrice en chef adjointe d’un journal, est rappelée en urgence pour sauver Runway. Son défi ? Restaurer l’intégrité journalistique du titre tout en boostant son audience, une mission rendue encore plus complexe par les exigences des annonceurs et des algorithmes. De son côté, Miranda Priestly tente d’éviter que le magazine ne soit racheté par Benji Barnes (Justin Theroux), un personnage inspiré de Jeff Bezos.
Moins de tirades, plus de réalisme
Le film adopte un ton plus nuancé que son prédécesseur. Les blagues cinglantes et les tirades mémorables laissent place à une réflexion sur les mutations de l’industrie médiatique. La mode est désormais plus inclusive et consciente, et le harcèlement de bureau est devenu un anachronisme. Pourtant, cette évolution se fait au prix de l’humour absurde qui avait fait le succès du premier volet. On sourit cependant en voyant Miranda, maladroite, tenter de prononcer des termes comme 'body positivity'.
Le pouvoir n’est plus entre les mains des créatifs, ni à Hollywood ni dans les médias. Il appartient désormais aux budgets et aux annonceurs. Certains craignaient que le film ne soit qu’une longue publicité déguisée, avec des placements de produits omniprésents. Une crainte partiellement justifiée : les marques comme Dior et Dolce & Gabbana y sont mises en avant, bien que le film évite l’écueil d’un catalogue commercial.
Les nouvelles figures de la mode
Le film ne se contente pas de critiquer les excès du passé. Il célèbre aussi les initiatives émergentes, comme la collection resort de Matthieu Blazy pour Chanel, présentée sur une plage, ou les baskets pour bébé signées A$AP Rocky. Des choix esthétiques qui reflètent une mode plus accessible et moins dogmatique.
Parallèlement, des personnalités comme Paris Hilton ou Mariah Carey apportent leur soutien à des projets comme le sac Saks VIC de Tony Ferreira, qui ouvre sa propre boutique, The Swan House, à Beverly Hills. De son côté, Fashion Trust U.S. met en lumière la créativité de Los Angeles à travers la marque Mother Denim.
Un film pour une époque en crise
Avec Le Diable s’habille en Prada 2, les réalisateurs signent une satire pertinente d’une industrie en pleine mutation. Entre nostalgie et modernité, le film interroge : qui détient vraiment le pouvoir aujourd’hui ? Les créatifs, les algorithmes, ou les géants du numérique ? Une question qui résonne particulièrement à l’ère des réseaux sociaux et des fake news.