Les centres de données, ces infrastructures géantes qui hébergent les serveurs informatiques, consomment désormais autant d'électricité qu'une petite ville. En 2024, l'un d'eux sera mis en service aux États-Unis, probablement en Virginie, au Texas ou en Arizona. Ses baies de serveurs, une fois opérationnelles, entraîneront des années de calculs pour former et exécuter des modèles d'intelligence artificielle. Pourtant, l'électricité qui l'alimentera proviendra en grande partie de centrales à gaz naturel. La raison ? Ces centrales peuvent être construites rapidement pour répondre à la demande croissante, contrairement aux alternatives renouvelables ou nucléaires.
Une demande énergétique en pleine explosion
L'essor de l'IA accélère la construction de nouveaux centres de données à travers le monde. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la consommation électrique de ces infrastructures pourrait plus que doubler d'ici 2030, atteignant environ 945 térawattheures par an. À titre de comparaison, cela équivaut à la consommation totale du Japon aujourd'hui. Or, une grande partie de cette électricité supplémentaire proviendra encore de sources fossiles, notamment du gaz naturel.
Le problème ? Les délais pour construire de nouvelles centrales à gaz à cycle combiné — les plus efficaces — s'étendent déjà sur cinq ans. Certains centres de données se tournent donc vers des turbines à gaz à cycle simple, plus rapides à déployer mais bien plus polluantes. Résultat : une partie des émissions liées à cette nouvelle génération d'infrastructures numériques est déjà « verrouillée » pour les années à venir.
La capture du carbone, une solution incontournable
Face à ce constat, les experts s'accordent sur un point : réduire ces émissions ne suffira pas. Il faudra aussi les compenser. La capture et le stockage du CO₂ (CCS) apparaissent comme la solution la plus viable pour absorber les émissions résiduelles inévitables.
Chez Climeworks, spécialiste de la capture directe de CO₂ dans l'air, on travaille depuis 17 ans sur des technologies permettant d'extraire le dioxyde de carbone de l'atmosphère et de le stocker durablement dans le sous-sol. Depuis peu, l'entreprise propose également des solutions intégrant d'autres méthodes de capture, comme la reforestation, pour offrir une gamme plus large de services à ses clients.
Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l'ONU souligne que la capture du carbone sera indispensable pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, même en parallèle de réductions drastiques des émissions. Pour les entreprises du numérique, la question se pose donc clairement : que faire face aux émissions qu'elles ne peuvent pas encore éliminer ?
Intégrer la capture du carbone dans les coûts de l'infrastructure numérique
La solution la plus réaliste, selon les experts, consiste à considérer la capture du carbone comme une partie intégrante des coûts de l'infrastructure numérique. Elle ne doit pas remplacer les énergies propres, mais les compléter.
Certains imaginent associer directement chaque centre de données à une usine de capture de CO₂. En théorie, cela semble pertinent : ces infrastructures disposent de puissance électrique, d'espaces disponibles et de chaleur résiduelle exploitables. Pourtant, en pratique, une telle intégration reste complexe et difficile à généraliser à grande échelle.
Une approche plus pragmatique consiste à inclure la capture du carbone dans le coût des produits cloud et des services d'IA. Cette méthode permet de mutualiser les efforts et de rendre le processus plus accessible et scalable.
« La capture du carbone doit être traitée comme un coût structurel de l'infrastructure numérique, au même titre que l'électricité ou le refroidissement des serveurs. Sans elle, l'essor de l'IA risque d'aggraver la crise climatique plutôt que de la résoudre. »
Un défi à relever pour un avenir durable
L'IA représente une révolution technologique majeure, mais son développement ne doit pas se faire au détriment de l'environnement. La capture du carbone offre une voie pour concilier innovation et durabilité. En l'intégrant dès maintenant dans les stratégies des entreprises du numérique, il est possible de limiter l'impact environnemental de cette croissance exponentielle.
Les prochaines années seront déterminantes. Les acteurs du secteur devront collaborer étroitement pour développer des solutions efficaces, accessibles et à grande échelle. L'objectif ? Construire un avenir où l'IA et la protection du climat ne sont pas incompatibles, mais complémentaires.