En avril dernier, Drew Maciel, un chasseur de bois de cerf, a partagé sur Instagram une vidéo glaçante : un élan mort, couvert de tiques. « Je suis fatigué de trouver des élans morts », a-t-il déclaré à ses abonnés. Maciel collecte les bois de cerf naturellement perdus par les animaux, mais cette année, il en a trouvé bien plus que d’habitude. La cause ? Une explosion démographique de tiques d’hiver dans le Maine, liée au réchauffement climatique.

Les scientifiques tirent la sonnette d’alarme : jusqu’à 90 % des jeunes élans suivis dans l’État ont été affaiblis, voire tués, par ces parasites. Pourtant, certains internautes y voient une manipulation humaine. Un commentaire sous la vidéo de Maciel, posté par Dries Van Langenhove, un ancien responsable politique belge condamné pour négationnisme, affirmait : « Guerre biologique conçue par l’homme ». Le message a recueilli 32 000 likes. D’autres accusaient Bill Gates d’être derrière cette prolifération.

Ces réactions s’inscrivent dans une vague de désinformation autour des tiques, qui cumule des millions de vues en ligne. En avril, une « médecin holistique » sur Instagram a affirmé avoir recueilli les témoignages de fermiers du Midwest ayant découvert des boîtes de tiques déposées sur leurs terres. Sa vidéo a été vue plus de 10 millions de fois sur Facebook, Instagram et TikTok. Le groupe MAHA Moms Coalition, inspiré par l’agenda Make America Healthy Again de l’administration Trump, a relayé cette théorie en appelant les agriculteurs concernés à se manifester.

Les origines de ces théories remontent à 2023. Des rumeurs virales accusaient Pfizer et Valneva, deux laboratoires développant un vaccin contre la maladie de Lyme, d’avoir disséminé des tiques sur des exploitations agricoles pour stimuler la demande. Une autre théorie, tout aussi infondée, liait un programme britannique de modification génétique des tiques bovines, financé en partie par la Fondation Bill et Melinda Gates, à l’augmentation des cas d’allergie à la viande rouge aux États-Unis. Pourtant, cette allergie, appelée syndrome alpha-gal, est provoquée par la morsure d’une tique étoilée, une espèce différente de celle étudiée dans le programme.

Malgré la diversité des théories, elles partagent un point commun : elles présentent la prolifération des tiques comme le résultat d’un complot humain. Pourtant, les experts rappellent que les tiques sont bel et bien en hausse, en partie à cause des changements écologiques. Les hivers plus doux et les étés plus longs favorisent leur reproduction et leur expansion géographique.

Chuck Lubelczyk, écologiste spécialisé dans les maladies vectorielles au Maine Medical Center, collecte des tiques dans la région de Cape Elizabeth. Ses observations confirment une tendance inquiétante : « Les tiques sont de plus en plus présentes, et leurs aires de répartition s’étendent », explique-t-il. Les données montrent une augmentation des cas de maladies transmises par ces parasites, comme la maladie de Lyme, qui touche désormais des régions autrefois épargnées.

Face à cette désinformation, les scientifiques appellent à une meilleure éducation du public. « Les théories du complot détournent l’attention des véritables enjeux sanitaires et environnementaux », souligne Lubelczyk. « La priorité doit être donnée à la recherche et à la prévention, plutôt qu’aux spéculations infondées. »

Source : Grist