Une convergence politique inattendue

Aux États-Unis, l’urgence de la crise du logement rassemble désormais les deux grands partis politiques. Que ce soit pour stimuler l’emploi et l’économie locale ou pour rendre le logement plus abordable et réduire l’itinérance, la construction de nouveaux logements fait consensus. Pourtant, un aspect moins médiatisé de cette solution émerge : les immeubles collectifs pourraient bien être la clé d’une décarbonation massive du secteur immobilier.

Des bâtiments plus verts que les maisons individuelles

Selon un récent rapport de l’institut Sightline, les appartements neufs se révèlent être « une forme quasi automatique de décarbonation », avec trois quarts d’entre eux chauffés à l’électricité. Cette caractéristique leur permet de s’alimenter via des panneaux solaires ou des réseaux électriques alimentés par des énergies propres, plutôt que de dépendre du gaz naturel, responsable d’émissions de CO₂. Une ironie de l’histoire : alors que l’administration Trump et le Parti républicain cherchent à freiner les avancées climatiques, leurs efforts pour relancer la construction favorisent indirectement cette transition.

Le Montana, État traditionnellement conservateur, a récemment adopté plusieurs lois pour accélérer la construction de logements collectifs. « Les appartements sont la solution climatique cachée sous nos yeux », déclare Alan Durning, directeur exécutif de Sightline Institute et auteur du rapport.

Pourquoi les immeubles collectifs sont-ils plus efficaces ?

Plusieurs facteurs expliquent leur supériorité écologique par rapport aux maisons individuelles :

  • Isolation optimisée : Les murs, sols et plafonds partagés entre logements réduisent les déperditions de chaleur.
  • Surface réduite : Les appartements sont généralement plus petits que les maisons, ce qui limite la quantité d’énergie nécessaire pour les chauffer ou les climatiser.
  • Chauffage électrique dominant : Depuis les années 1970, 68 % des nouveaux logements collectifs sont équipés de systèmes de chauffage électrique, souvent moins coûteux à installer que les réseaux de gaz.

« Si je construis un bien destiné à la location, mon objectif est de minimiser les coûts initiaux », explique Amanda D. Smith, scientifique senior chez Project Drawdown, spécialiste de l’environnement bâti. « Les chauffe-eau et systèmes de chauffage électriques sont souvent plus rentables à court terme. »

Un avantage climatique déjà ancré dans les pratiques

Cette tendance n’est pas nouvelle : depuis un demi-siècle, les promoteurs privilégient les solutions électriques pour des raisons économiques. Aujourd’hui, un résident d’appartement a 60 % de chances supplémentaires d’être alimenté par une énergie 100 % électrique par rapport à un propriétaire d’une maison individuelle. Et cette efficacité peut encore être améliorée grâce aux pompes à chaleur, qui transfèrent la chaleur de l’extérieur vers l’intérieur plutôt que de la produire, comme le ferait une chaudière à gaz.

Alors que les débats sur le climat s’intensifient, cette solution méconnue pourrait bien devenir un pilier des stratégies de décarbonation du secteur immobilier américain.

Source : Grist