Quatre-vingt-dix pour cent du commerce mondial repose sur des navires géants sillonnant les océans, transportant chaque jour des conteneurs de carburant, d’électronique, de vêtements et bien d’autres produits. Cette logistique à grande échelle a permis de réduire drastiquement les coûts, mais elle repose encore sur des carburants extrêmement polluants : des résidus de raffinage du pétrole, responsables d’environ 3 % des émissions mondiales de carbone.

En 2023, l’Organisation maritime internationale (OMI), l’agence des Nations unies chargée de superviser le transport maritime, était sur le point d’adopter un plan visant à éliminer ces émissions. Mais l’administration Trump a mis en place une stratégie d’intimidation : menaces de restrictions de visas, de tarifs douaniers et de frais portuaires pour les pays soutenant cette initiative. Résultat ? Le projet de neutralité carbone du secteur maritime a été mis en péril pendant des mois.

Des alternatives moins ambitieuses, comme la suppression de la taxe carbone prévue dans le cadre initial, semblaient gagner du terrain. Pourtant, lors d’une réunion récente réunissant les États membres de l’ONU, aucune de ces propositions édulcorées n’a retenu l’attention. À l’inverse, une majorité étroite de pays a réaffirmé son soutien au cadre Net-Zero (NZF), une taxe par tonne sur les émissions de gaz à effet de serre dépassant un certain seuil.

« Un véritable esprit de collaboration et d’optimisme a animé les négociations. Certains acteurs ne voulaient pas de progrès, mais une grande majorité des délégués a travaillé ensemble pour faire avancer le projet. »

— Em Fenton, directrice principale du groupe climatique Opportunity Green (Royaume-Uni), présent lors des discussions à Londres.

L’administration américaine s’oppose farouchement au NZF, arguant qu’il alourdirait le fardeau des consommateurs et des entreprises. Dans des documents officiels soumis à l’OMI, elle a clairement indiqué son refus de pénaliser les carburants carbonés ou d’inclure un « élément économique », comme une taxe, dans le cadre.

« Les États-Unis estiment que la meilleure solution consiste à abandonner définitivement la considération du cadre Net-Zero de l’OMI », ont-ils déclaré. Pourtant, les partisans des propositions alternatives, portées notamment par le Japon, le Liberia, l’Argentine et le Panama, n’ont pas réussi à bloquer l’élan en faveur du NZF.

Le chemin vers l’adoption de ce plan reste long et semé d’embûches. Ses opposants pourraient encore le faire échouer en ralliant le soutien d’un tiers des États membres, ou d’un groupe plus restreint contrôlant la moitié du tonnage maritime mondial, selon les règles de l’OMI. Quatre pays seulement — le Liberia, le Panama, les Bahamas et les Îles Marshall — représentent près de la moitié des navires immatriculés dans le monde.

Cette situation illustre une réalité complexe : un navire peut être détenu par une entreprise d’un pays, exploité par une autre, et immatriculé dans un troisième, à l’image des paradis fiscaux. Cette pratique, appelée « pavilion shopping », complique encore davantage la mise en œuvre de normes environnementales strictes.

Source : Grist