Le 28 avril 2026, le roi Charles III et l’ancien président Donald Trump ont assisté ensemble à une cérémonie d’accueil d’État sur la pelouse sud de la Maison-Blanche. Une image symbolique, alors que les deux hommes incarnent des visions radicalement opposées de l’autorité et du pouvoir.

En tant que républicain modéré et passionné par la culture britannique, j’ai longtemps considéré la monarchie comme un anachronisme. Pourquoi vénérer des individus simplement parce qu’ils sont nés dans une famille plutôt que pour leurs mérites ou leurs actions ? Pour moi, les titres héréditaires relèvent d’une époque révolue, où la démocratie représentative n’avait pas encore émergé. Pourtant, en écoutant le discours de Charles III devant le Congrès américain, j’ai ressenti une gêne profonde – non pas envers lui, mais envers notre propre système politique.

Derrière le roi, assis parmi les plus hauts responsables américains, figuraient le vice-président et le président de la Chambre des représentants. Leur tenue en disait long : costumes bleus, chemises blanches et cravates rouges, une uniformité qui rappelle étrangement l’emblème de la campagne de Trump. Chaque geste, chaque parole, chaque détail vestimentaire trahissait leur allégeance inconditionnelle à un seul homme. Pire encore : plus de la moitié des sénateurs et représentants républicains présents ce jour-là ont abandonné toute indépendance d’esprit pour se soumettre à l’autorité de Trump. Leur soumission dépasse de loin celle des parlementaires britanniques envers leur monarque.

Cette servilité n’est pas sans rappeler les régimes autoritaires, où la presse et les institutions perdent toute autonomie. Trump, lui, ne s’en cache pas : il se comporte en monarque absolu, voire en empereur divin. Les exemples sont légion : bannières géantes à son effigie sur les bâtiments officiels, renommage du Kennedy Center et de l’Institut de la paix des États-Unis, pièces de monnaie à son effigie, projets d’arche triomphale, salle de bal Trump, piscine réfléchissante (qui évoquera immanquablement Mar-a-Lago), passeports personnalisés, navires de guerre de « classe Trump », et même la création d’un parc national à son nom. Sans oublier ses attaques contre les tribunaux, ses décisions de guerre unilatérales et ses tentatives d’emprisonner ses opposants. Autant de mesures qui sapent les fondements mêmes de la démocratie américaine.

Face à cette dérive, les alliés européens, et notamment le Royaume-Uni, sont tiraillés entre la peur et l’incompréhension. Alors que Charles III cherchait à apaiser les tensions lors de sa visite, ses homologues britanniques et les médias européens s’interrogent ouvertement sur la solidité de la « relation spéciale » avec les États-Unis. Le Financial Times révélait récemment que l’ambassadeur britannique à Washington, Sir Christian Turner, avait qualifié cette expression de « nostalgique » lors d’une rencontre avec des étudiants en février 2026. Une manière de reconnaître que l’Amérique de Trump n’a plus grand-chose à voir avec celle d’hier.

Charles III, lui, a choisi une autre voie : celle du dialogue et de la diplomatie, malgré les provocations. Son discours au Congrès a rappelé, sans le dire explicitement, que la grandeur d’une nation ne se mesure pas à l’étendue de son pouvoir, mais au respect de ses institutions et de ses valeurs. Une leçon que certains Américains, obnubilés par leur leader, semblent avoir oubliée.

Source : The Bulwark