Le 28 septembre 2024, l’ouragan Helene frappe l’ouest de la Caroline du Nord, laissant des milliers de personnes sans électricité ni eau courante. Parmi elles, Toni Brewer, en rétablissement depuis 18 mois après une dépendance aux opioïdes, se retrouve dans une situation critique. Après avoir fui sa maison d’Asheville, submergée par les inondations, elle découvre avec angoisse que ses réserves de Suboxone, un médicament essentiel pour éviter les rechutes, ne couvrent que trois jours. Sans accès à son médecin ni à une pharmacie, elle craint de replonger dans l’enfer de la dépendance.
« C’est terrifiant de ressentir à nouveau ces envies et de se dire : *Il me faut ça, et je ferai tout pour l’obtenir* », confie-t-elle. Son témoignage illustre un problème récurrent : l’accès aux traitements contre les addictions est souvent interrompu lors des catastrophes naturelles, aggravant les risques de rechute et de surdose.
Face à ce constat, quatre médecins spécialisés en médecine des addictions ont publié un éditorial dans l’American Journal of Public Health, appelant les autorités fédérales et locales à agir rapidement. Leur objectif : mettre en place des stratégies pour garantir l’accès aux médicaments de substitution (comme la buprénorphine) en cas de crise climatique. Sans mesures adaptées, les catastrophes naturelles pourraient multiplier les overdoses et les décès liés aux troubles de l’usage d’opioïdes, une épidémie qui a déjà fait plus de 800 000 morts aux États-Unis depuis 1999.
Des précédents alarmants
Les études récentes confirment leurs craintes. Après l’ouragan Sandy en 2012, 70 % des New-Yorkais dépendants de médicaments de substitution n’ont pas pu en obtenir suffisamment. À Porto Rico, les rapports de surdoses ont augmenté dans les deux ans suivant l’ouragan Maria en 2017. En Californie, les incendies Tubbs et Camp ont également perturbé l’accès aux traitements contre les addictions, selon une étude publiée en 2022.
Les auteurs de l’éditorial soulignent que plusieurs facteurs aggravent la crise des opioïdes en période de catastrophe : stress psychologique, interruption des soins, instabilité du marché des drogues et déclin économique. « Nous rendons déjà l’accès aux traitements extrêmement difficile, explique Elizabeth Cerceo, directrice de la santé climatique à la Rowan University et co-autrice de l’article. Quand les patients sont déplacés ou incapables de se rendre à leur clinique ou pharmacie habituelle, ces obstacles deviennent insurmontables. »
Des solutions urgentes
Pour éviter de nouvelles tragédies, les médecins proposent plusieurs pistes :
- Stocks stratégiques : prépositionner des réserves de médicaments dans les zones à risque.
- Protocoles d’urgence : faciliter les renouvellements d’ordonnances par téléphone ou en ligne, même en cas de coupure des réseaux.
- Coopération interétatique : harmoniser les règles entre États pour permettre aux patients de se procurer leurs traitements hors de leur région d’origine.
- Sensibilisation : informer les services d’urgence et les associations locales sur les besoins spécifiques des personnes en rétablissement.
Alors que le changement climatique intensifie la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles, ces mesures deviennent une question de survie pour des millions d’Américains. Sans action rapide, le risque est de voir les crises climatiques alimenter une épidémie déjà dévastatrice.
« Chaque jour sans accès aux soins est un jour de plus où une vie est en danger. Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. »
— Collectif de médecins, American Journal of Public Health