Washington — Pour réduire l’arriéré des dossiers d’immigration, l’administration Trump accélère le recrutement de juges aux profils controversés, souvent sans expérience en droit des étrangers. Selon une enquête du Washington Post, plus de 100 juges d’immigration ont été licenciés depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, tandis qu’un nombre similaire a pris sa retraite. Leur remplacement s’effectue dans l’urgence, avec des formations réduites à trois semaines, contre plusieurs mois auparavant.

Parmi les nouveaux juges nommés figurent des profils surprenants : un avocat spécialisé dans les divorces, qui s’est engagé à « défendre exclusivement les droits des hommes », un autre qui a soutenu les rafles de l’ICE à Minneapolis — ayant causé la mort de deux citoyens américains —, ou encore un juge ayant refusé une protection humanitaire à un immigrant serbe sous prétexte qu’il ne semblait « pas ouvertement gay ».

Ces nominations s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à aligner la justice sur les priorités politiques de l’administration. Christopher Day, ancien juge d’immigration, a dénoncé devant le Congrès en mars des formations « inadéquates et biaisées ». Les anciens magistrats évincés accusent le pouvoir en place de vouloir « façonner une main-d’œuvre malléable », prête à appliquer les directives sans questionnement.

Le gouvernement Trump a fait de la déportation massive un pilier de sa politique migratoire, promettant d’expulser jusqu’à un million de personnes par an. Pourtant, les chiffres officiels restent en deçà des objectifs : selon un mémo du Département de la Sécurité intérieure (DHS) rendu public en décembre, seulement 605 000 personnes ont été effectivement expulsées depuis le retour de Trump, un bilan gonflé par l’inclusion de 1,9 million de « départs volontaires » incités par les autorités.

Les tribunaux d’immigration, étape obligatoire avant toute expulsion, subissent une pression sans précédent. Le ministère de la Justice a récemment licencié six juges fédéraux pour avoir privilégié l’application de la loi plutôt que les consignes de la Maison-Blanche. Une situation qui soulève des questions sur l’indépendance de la justice et le respect des procédures légales.