Dans les années 1990, la salle informatique était un lieu à part entière. Si ma famille n’avait pas de pièce dédiée, mes parents avaient installé deux ordinateurs de bureau dans le sous-sol, à l’abri des regards. C’est là que je me faufilais pour jouer à des jeux DOS piratés comme Princess Maker 2 lors de mes journées d’absence scolaire. Avec le temps, ces machines ont imprégné l’espace d’une odeur âcre de métal surchauffé, de poussière et de tapis de souris.

Cero, un parfum signé agar olfactory, capture cette essence avec une précision troublante. Il s’inscrit dans une série olfactive explorant l’effondrement écologique, aux côtés de fragrances évoquant les plastiques sentients, le parfum du pain frais ou encore les réseaux de mycélium. Mais Cero se distingue : il rend hommage à l’ère où l’ordinateur occupait une pièce entière, avant de tenir dans une poche. Une époque où la connaissance était centralisée, offrant une nostalgie bien particulière.

Cette fragrance me rappelle l’album I Love My Computer de DJ Ninajirachi, qui évoque une génération un peu plus jeune que la mienne. Quand elle chante des souvenirs liés aux écrans fissurés des iPod Touch ou aux sites fans d’anime sur Angelfire, elle réveille en moi les images des modems 56K et des pages web clignotantes. Pourtant, Cero ne se contente pas de flatter la nostalgie. Il la restitue avec une brutalité sensorielle.

Contrairement à d’autres parfums comme Ghost In The Shell de L’Etat Libre D’Orange, qui mélange métal, latex et poudres florales, Cero mise sur une approche plus brute. Il reproduit l’odeur d’un vieux Dell jamais nettoyé : minéraux électrisés, caoutchouc, plastique. L’odeur de tapis de souris, intense au départ, s’estompe avec le temps, mais celle du métal et de la poussière persiste, collant à la peau. Avec le temps, ce parfum devient réconfortant, presque familier.

Pour moi, l’odeur de la salle informatique est synonyme d’enfance et de possibilités infinies. Elle évoque une époque où l’informatique n’était ni une nécessité ni un outil de contrôle des grandes plateformes. Pourtant, Cero est aussi le premier parfum d’une série qui anticipe l’extinction humaine. Peut-être l’aime-je aussi comme un avertissement.

Source : Aftermath