David Letterman n’a pas caché sa frustration après l’annonce de la fin du Late Show, l’émission qu’il a créée et animée pendant plus de deux décennies. Lors de son passage chez Stephen Colbert, jeudi soir, il a exprimé sans détour son mécontentement : « J’ai tout à fait le droit d’être en colère, alors je vais l’être un peu ».

L’ancien animateur a rappelé le rôle central qu’il a joué dans l’existence même du programme et du théâtre qui l’accueille. « Ce théâtre, vous, les gens, ne seriez pas ici si ce n’était pas pour moi. Et Stephen ne serait pas là non plus. Nous avons reconstruit ce théâtre, puis Stephen est arrivé, et regardez-moi ça : c’est comme le Bellagio », a-t-il lancé. Il a ajouté : « On peut prendre l’émission d’un homme, mais pas sa voix ».

Alors que Colbert s’apprêtait à clore sa propre émission, Letterman a plaisanté sur le sort des Emmy Awards, surnommés familièrement « les Jimmys ». « Est-ce qu’ils vont s’en sortir ? », a-t-il demandé, avant que Colbert ne réponde avec humour : « On a un plan pour les mettre dans un programme de reproduction en captivité ».

Letterman a ensuite demandé si sa visite marquait la dernière apparition de l’émission, s’enquérant : « On m’a dit que c’était le dernier passage ». Colbert a précisé : « C’est le dernier passage de cette semaine. La semaine prochaine, ce sera le dernier passage ».

Après avoir suggéré de revenir pour le dernier épisode, Letterman a jeté un œil aux meubles du plateau, les qualifiant de « fantastiques ». « Oui, c’est joli. Ce serait dommage qu’il arrive quelque chose », a-t-il lancé avant de faire signe à l’équipe de démonter le décor. Sans siège disponible, il a finalement rejoint Colbert dans le public pour discuter avec les spectateurs.

En janvier, CBS avait officialisé la date de fin du Late Show, fixée au 21 mai. Cette décision fait suite à l’annonce, l’été dernier, de l’arrêt du programme après que Colbert eut critiqué le règlement d’un litige de 16 millions de dollars entre Paramount et l’ancien président Donald Trump, qu’il avait qualifié de « grosse corruption ». CBS, de son côté, a toujours justifié cette fin par des raisons purement financières.

Dans un entretien accordé au New York Times en mai, Letterman a vivement critiqué son ancien employeur, traitant CBS de « menteurs et lâches ». Il a remis en cause la version officielle, estimant que la décision n’était pas motivée par des contraintes budgétaires. « La télévision n’est peut-être plus la machine à cash qu’elle était autrefois. Mais qu’en est-il de l’humanité de Stephen, de celle de ses fans, et de ceux qui appréciaient ce moment de détente à 23h30 ? », s’est-il indigné. « On l’a viré parce que les gens qui vendent la chaîne à Skydance ont dit : “Pas de problème avec ce type. On va s’occuper de l’émission, on va l’intégrer à l’affaire. Quand est-ce que le chèque sera signé ?” »

Source : The Wrap