Le géant automobile japonais Honda a annoncé, jeudi, la suspension indéfinie de son projet d’usine de véhicules électriques (VE) en Ontario, au Canada. Ce projet, initialement présenté comme le premier écosystème intégré de production de VE au pays, prévoyait la fabrication de jusqu’à 240 000 véhicules électriques par an et la création de 1 000 emplois.
Malgré un engagement initial de 5 milliards de dollars canadiens (environ 3,6 milliards de dollars américains) de la part des gouvernements fédéral et provincial, Honda a décidé de mettre ce programme en pause. La production des modèles thermiques et hybrides, comme la Civic et la CR-V, se poursuit normalement dans l’usine d’Alliston, en Ontario.
Selon Toshihiro Mibe, PDG mondial de Honda, cette décision s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur les véhicules hybrides. « Nous allons consacrer les trois prochaines années à restructurer notre activité automobile et à réallouer nos ressources vers les hybrides », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Cette orientation répond à une demande toujours soutenue pour les hybrides, tandis que le marché des VE montre des signes de ralentissement.
Honda avait déjà reporté ce projet l’année dernière, promettant de réévaluer la situation avant de prendre une décision finale. Aujourd’hui, le terme « pause » est remplacé par « suspension indéfinie ».
Un contexte économique défavorable
Cette volte-face s’explique en partie par des difficultés financières. Honda a enregistré une perte nette de 2,7 milliards de dollars pour l’exercice 2024, sa première perte annuelle de son histoire. L’entreprise attribue cette situation aux coûts élevés liés aux VE et aux changements de politique aux États-Unis. Sous l’administration de Donald Trump, les incitations fiscales pour les VE ont été réduites et les normes d’émissions assouplies, rendant les investissements dans les véhicules 100 % électriques moins attractifs.
Pourtant, la production des modèles thermiques et hybrides se poursuit à Alliston. En 2025, l’usine a produit environ 400 000 véhicules, dont près de 60 % étaient des hybrides, soit près de 198 000 Civics et 202 000 CR-V.
Pas de licenciements, mais des incertitudes pour l’avenir
Honda a tenu à rassurer : aucun emploi n’est menacé et les fonds publics promis (5 milliards de dollars canadiens) n’ont pas encore été versés. Cependant, cette décision aura des répercussions à long terme pour l’entreprise, notamment sur sa stratégie de transition énergétique.
Pour l’instant, les travailleurs de l’usine d’Alliston peuvent donc continuer leurs activités sans inquiétude. Mais la question reste entière : Honda reviendra-t-il un jour sur sa décision de suspendre son projet de VE ?