WASHINGTON — Vendredi dernier, Jeanine Pirro, procureure américaine pour le district de Columbia, a annoncé l'abandon de l'enquête criminelle qu'elle avait ouverte en novembre contre Jerome Powell, président de la Réserve fédérale (Fed). Cette décision intervient deux jours seulement après qu'elle ait réaffirmé sa détermination à poursuivre l'enquête, malgré un revers judiciaire.
Le 11 mars, le juge James Boasberg, de la cour fédérale du district de Columbia, avait annulé deux assignations à comparaître du grand jury visant à obtenir des informations sur la rénovation du siège de la Fed à Washington, D.C., ainsi que sur le témoignage de Powell devant le Comité bancaire du Sénat. Selon le juge, cette enquête était une tentative transparente d'intimidation envers Powell, que Donald Trump critique régulièrement pour son refus de réduire les taux d'intérêt comme souhaité par l'ancien président.
Le sénateur républicain Thom Tillis (Caroline du Nord), membre du Comité bancaire, avait déjà dénoncé cette enquête, la qualifiant de « bidon » et affirmant qu'elle menaçait l'indépendance de la Fed. Tillis avait même menacé de bloquer la confirmation de Kevin Warsh, nommé par Trump pour remplacer Powell, tant que l'enquête ne serait pas abandonnée.
Une enquête sans fondement juridique
L'enquête de Pirro contre Powell illustre une fois de plus la stratégie de Trump d'utiliser le système judiciaire pour cibler ses opposants. Cette approche inclut également ses tentatives de poursuivre des membres du Congrès pour des propos protégés par la Constitution, ainsi que les poursuites abandonnées contre l'ancien directeur du FBI James Comey et la procureure générale de New York, Letitia James.
Le cas de Powell est particulièrement révélateur : même les républicains critiques envers sa gestion de la Fed reconnaissent qu'il n'existe aucune preuve de violation de la loi. L'accusation principale portait sur un prétendu mensonge de Powell lors de son témoignage devant le Comité bancaire du Sénat. En juin, des sénateurs lui avaient demandé des comptes sur des éléments de luxe dans la rénovation du siège de la Fed, comme des terrasses-jardins, des fontaines ornementales, des ascenseurs VIP, du marbre blanc ou encore des ruches italiennes sur le toit.
Powell avait alors démenti ces allégations : « Il n'y a pas de salle à manger VIP, pas de nouveau marbre. Nous réinstallons l'ancien marbre là où il a été endommagé. Il n'y a pas d'ascenseurs spéciaux, pas de nouvelles fontaines, pas de ruches ni de jardins-terrasses. Les éléments relayés par les médias sont soit absents du projet actuel, soit tout simplement faux. »
Les plans de rénovation, approuvés par la Commission de planification de la capitale nationale, ne prévoyaient en effet aucun de ces éléments luxueux.