Un tribunal du Delaware a donné son feu vert à la poursuite en diffamation engagée par le gouverneur Gavin Newsom contre Fox News. Dans une décision de 42 pages rendue hier, le juge Sean Lugg a estimé que l’affaire pouvait avancer, malgré les arguments de la chaîne d’information.
L’affaire remonte à juin 2025, en pleine période de tensions sociales à Los Angeles. Le gouverneur Gavin Newsom avait alors échangé par téléphone avec le président Donald Trump, un appel ayant eu lieu après 22h, heure de Los Angeles (soit après 1h du matin à Washington).
Quelques jours plus tard, lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche, Donald Trump avait affirmé avoir parlé avec Gavin Newsom « hier ». Le gouverneur avait immédiatement démenti sur X (ex-Twitter), déclarant : « Il n’y a pas eu d’appel. »
Fox News avait alors publié des éléments, dont un « relevé d’appels » fourni par Donald Trump, suggérant que l’appel avait bien eu lieu. La chaîne avait ensuite diffusé des informations selon lesquelles « Gavin a menti sur l’appel de Trump », accompagnées d’un bandeau déroulant à l’écran.
Dans sa décision, le juge Lugg a rappelé que les critères de recevabilité d’une plainte en diffamation dans le Delaware sont peu exigeants à ce stade. Selon la règle 12(b)(6), une plainte peut être jugée recevable si le plaignant peut prouver, même de manière hypothétique, des éléments plausibles.
Les arguments de Fox News : la « vérité substantielle »
Fox News a tenté de se défendre en invoquant la notion de « vérité substantielle ». La chaîne a estimé que l’accusation de mensonge portée contre Gavin Newsom était justifiée, car celui-ci avait catégoriquement nié tout appel avec le président, alors qu’un échange avait bien eu lieu.
Cependant, le gouverneur Newsom a contesté cette interprétation. Selon lui, l’essentiel du différend portait sur la date de l’appel, et non sur son existence. Lors de la conférence de presse de Donald Trump, les journalistes avaient précisément demandé quand avait eu lieu le dernier échange entre les deux hommes. Le démenti de Gavin Newsom, selon lequel il n’y avait pas eu d’appel « hier », ne constituait donc pas un mensonge, mais une réponse à une question sur la chronologie.
L’absence de contexte et l’intention de nuire
Le juge a souligné que Fox News avait omis des éléments clés dans sa couverture. Les présentateurs de la chaîne, comme John Roberts et Jesse Watters, avaient accusé Gavin Newsom de mentir sans préciser que l’appel avait bien eu lieu, mais à un autre moment. L’accent avait été mis sur la prétendue malhonnêteté du gouverneur, et non sur la question de la date.
Le tribunal a estimé qu’il était « raisonnablement concevable » que Fox News ait su que ses affirmations étaient fausses au moment de leur diffusion. La chaîne n’a pas apporté de preuves solides pour étayer sa défense, laissant la porte ouverte à une procédure judiciaire.
Gavin Newsom pourra donc poursuivre Fox News pour diffamation, une affaire qui pourrait avoir des répercussions sur la couverture médiatique des personnalités politiques.