Un projet pharaonique aux conséquences environnementales dramatiques

En 2016, la Louisiane a lancé l'essor des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) aux États-Unis, présenté comme une alternative plus propre au charbon et au pétrole. Pourtant, le terminal historique de Sabine Pass est rapidement devenu l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de l'État, dépassant même les raffineries pétrolières les plus polluantes.

Un projet encore plus ambitieux et polluant est actuellement en construction près de Lake Charles, à environ 65 km à l'est de Sabine Pass. Selon une analyse de Verite News basée sur des documents officiels, ce terminal, baptisé Louisiana LNG, émettra annuellement plus de 9,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Ces émissions dépasseront celles de tous les terminaux de GNL américains existants et des projets prévus pour la prochaine décennie.

Des émissions record qui inquiètent les écologistes

Anne Rolfes, directrice de la Louisiana Bucket Brigade, une association de défense de l'environnement, a réagi avec consternation :

« C’est vraiment alarmant. Alors que la Louisiane est déjà menacée par la montée des eaux et l’intensification des ouragans, ce projet ne fait qu’aggraver ces risques en produisant davantage de gaz à effet de serre. C’est de la folie pure. »

Un investissement massif porté par Woodside Energy

Le terminal Louisiana LNG, propriété de Woodside Energy, le plus grand producteur de pétrole et de gaz d'Australie, représente un investissement de près de 18 milliards de dollars. Selon le gouverneur républicain de Louisiane, Jeff Landry, ce projet figure parmi les plus importants investissements étrangers de l'histoire de l'État.

Lors de la cérémonie de pose de la première pierre en septembre 2024, Landry a salué un « grand jour pour la Louisiane et un jour incroyable pour l'Amérique ». Le projet devrait créer des milliers d'emplois temporaires pendant la construction et plusieurs centaines d'emplois permanents une fois opérationnel, tout en augmentant les recettes fiscales locales.

Un pari risqué sur le GNL

Woodside mise gros sur le GNL, un combustible obtenu en refroidissant le gaz naturel pour le liquéfier, facilitant son transport et son stockage. L'entreprise a acquis le site de 400 hectares près de Lake Charles en 2024 auprès de Tellurian, une société texane spécialisée dans le gaz naturel, qui avait lancé le projet sous le nom de Driftwood LNG.

Prévu pour une mise en service en 2029, Louisiana LNG devrait générer des émissions bien supérieures à celles du terminal de Sabine Pass, estimées à près de 7 millions de tonnes de CO₂ par an par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA).

Un bilan carbone qui dépasse tous les autres projets

Parmi les 23 terminaux de GNL proposés aux États-Unis ayant déclaré leurs émissions potentielles, Louisiana LNG se distingue par son bilan carbone catastrophique. Ses émissions annuelles de 9,5 millions de tonnes dépassent largement celles du projet le plus proche, un terminal prévu en Alaska pour 2030 (8,6 millions de tonnes).

Les données compilées par le Projet Intégrité Environnementale et l'EPA révèlent que les terminaux de GNL sont parmi les installations les plus polluantes du pays en termes d'émissions de CO₂ équivalent par an.

Un modèle économique contesté

Alors que les États-Unis misent sur le GNL pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles et exporter leur production, ce projet soulève des questions sur la cohérence des politiques énergétiques américaines. Malgré les promesses de transition écologique, des infrastructures aussi polluantes risquent de compromettre les objectifs climatiques du pays.

Les associations environnementales appellent à une réévaluation urgente de ces projets, soulignant que la Louisiane, déjà vulnérable aux changements climatiques, ne peut se permettre d'aggraver davantage sa situation.

Source : Grist