Raleigh, Caroline du Nord — Un procureur fédéral a inculpé James Comey, ancien directeur du FBI, pour deux chefs d’accusation fédéraux après la publication d’une photo de coquillages sur Instagram en mai 2025. Selon l’acte d’accusation déposé le 28 avril par W. Ellis Boyle, procureur des États-Unis pour le district est de la Caroline du Nord, cette image constituerait une menace de mort à l’encontre du président Donald Trump.

La photo, intitulée « cool shell formation on my beach walk » (« belle formation de coquillages lors de ma promenade sur la plage »), montre des coquillages disposés sur le sable pour former le message « 86 47 ». L’accusation s’appuie sur deux interprétations : « 47 » renverrait au numéro du mandat de Trump, 47e président des États-Unis, tandis que « 86 » signifierait « tuer » selon le procureur. Ensemble, ces chiffres formeraient une menace explicite, passible de cinq ans de prison par chef d’accusation.

Les charges reposent sur deux articles du Code pénal américain : l’article 18 USC 871, qui sanctionne les menaces de mort ou de violence envers le président, et l’article 18 USC 875(c), qui criminalise les communications interétatiques menaçant de nuire à une personne. Pourtant, cette interprétation est largement contestée.

Une interprétation linguistique et juridique contestable

Le sens attribué à « 86 » par le procureur est au cœur du débat. Historiquement, ce terme est issu du jargon des bars américains des années 1950, où il signifiait « exclure » ou « bannir » un client indésirable. Son usage dans ce contexte ne correspond en rien à une incitation au meurtre.

De plus, la jurisprudence de la Cour suprême américaine encadre strictement la notion de « menace réelle » (« true threats »), exception reconnue à la liberté d’expression protégée par le Premier Amendement. Pour être considérée comme telle, une déclaration doit être perçue comme une intention sérieuse de nuire par un « destinataire raisonnable ». Or, l’interprétation du procureur ignore cette nuance, s’appuyant sur une lecture littérale et subjective du message.

« L’accusation repose sur une extrapolation hasardeuse. Le terme ‘86’ n’a jamais été associé à une menace de mort dans son usage courant. Cette interprétation est juridiquement fragile et pourrait être facilement contestée. »

— Un juriste spécialisé en droit constitutionnel

Un second procès contre Comey, cible récurrente de Trump

Cette affaire n’est pas la première tentative de poursuite contre James Comey par l’administration Trump. En septembre 2020, Donald Trump avait publiquement ordonné à l’ancienne procureure générale Pam Bondi de « faire justice immédiatement » contre Comey, qu’il considère comme un ennemi politique. Cinq jours plus tard, un acte d’accusation était déposé pour « parjure » devant le Congrès, mais il a été rejeté deux mois plus tard par un juge fédéral. Celui-ci avait estimé que le procureur ayant signé l’acte d’accusation avait été nommé illégalement.

Contrairement aux déclarations de Comey en 2020, la photo de coquillages date de mai 2025, ce qui place l’accusation dans le délai légal de prescription. Cependant, la validité de cette interprétation reste sujette à caution, tant sur le plan linguistique que juridique.

Les défenseurs de Comey dénoncent une instrumentalisation politique de la justice. « Cibler Comey une seconde fois montre une volonté claire de museler un critique du président », déclare un porte-parole de l’ancien directeur du FBI.

Source : Reason