Le monde tourne une page historique. En 2025, pour la première fois depuis 1919, les énergies renouvelables ont produit davantage d’électricité que le charbon à l’échelle mondiale. Selon le Global Electricity Review 2026 publié par Ember à l’occasion de la Journée de la Terre, les sources vertes ont couvert 33,8 % de la production électrique planétaire, contre 33 % pour le charbon. Une inversion des rôles qui marque un tournant dans la transition énergétique.

Le solaire, nouveau roi de l’électricité

Le charbon, pilier de l’industrie depuis l’inauguration de la centrale de Pearl Street par Thomas Edison en 1882, a dominé le secteur pendant plus d’un siècle. Malgré les chocs pétroliers, l’essor du nucléaire et les fluctuations des politiques climatiques, il a maintenu une part stable entre 35 % et 40 % de la production mondiale d’électricité jusqu’aux années 2010.

Mais le vent a tourné. En 2015, lors de la signature de l’accord de Paris, le solaire ne générait que 256 térawattheures (TWh) d’électricité dans le monde. À titre de comparaison, le nucléaire produisait dix fois plus, et l’éolien trois fois plus. Dix ans plus tard, le solaire a été multiplié par dix, atteignant 2 778 TWh – soit l’équivalent de la consommation annuelle de l’Union européenne. Une croissance si fulgurante que cette source d’énergie est désormais la plus rapide à se développer depuis 21 ans consécutifs.

En 2025, le solaire a dépassé l’éolien pour la première fois et pourrait bientôt détrôner le nucléaire. Une performance remarquable, d’autant que cette année-là, le solaire à lui seul a couvert 75 % de l’augmentation de la demande mondiale d’électricité. Avec l’éolien, ces deux énergies renouvelables ont comblé 99 % de cette hausse. Une première : la production d’électricité fossile (charbon, pétrole, gaz) a reculé de 0,2 % en 2025, une baisse inédite depuis la pandémie et seulement la cinquième depuis le début du XXIe siècle.

Pourquoi cette transition n’est pas un hasard

Le succès du solaire s’explique avant tout par son coût. Depuis plus de 40 ans, le prix des modules photovoltaïques chute de 75 % chaque décennie, un phénomène connu sous le nom de loi de Swanson. Selon cette règle, les coûts diminuent de 20 % chaque fois que la production cumulée de panneaux solaires double. Une tendance qui a résisté aux crises d’approvisionnement, aux guerres commerciales et aux pandémies.

Dans les années 1970, un module solaire coûtait environ 76 dollars par watt. Aujourd’hui, il en coûte moins de 0,20 dollar. Cette baisse spectaculaire a rendu le solaire compétitif face aux énergies fossiles, même sans subventions. Résultat : les nouvelles installations solaires sont désormais moins chères que les centrales à charbon ou à gaz dans la plupart des régions du monde.

Un marché qui échappe aux États-Unis

Alors que le reste du monde accélère le déploiement de fermes solaires et de batteries, les États-Unis peinent à suivre. Le pays, historiquement dépendant des énergies fossiles, tente de s’adapter à un marché qu’il ne contrôle plus. La Chine, leader incontesté du secteur, domine la production de panneaux solaires et de composants clés, tandis que l’Europe et l’Asie investissent massivement dans les infrastructures vertes.

Cette dynamique pourrait encore s’accélérer. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les risques liés aux approvisionnements en pétrole et gaz poussent de nombreux pays à accélérer leur transition énergétique. Les énergies renouvelables, désormais matures et économiques, offrent une alternative crédible pour sécuriser l’approvisionnement électrique à long terme.

Et demain ?

Si la tendance se confirme, le solaire et l’éolien pourraient représenter plus de 50 % de la production mondiale d’ici 2030. Les défis restent nombreux : stockage de l’énergie, modernisation des réseaux électriques, acceptation sociale des projets. Mais une chose est sûre : le charbon, symbole d’une ère révolue, n’est plus l’avenir de l’énergie.

« Le solaire n’est plus une technologie d’avenir, c’est une réalité du présent. Son ascension fulgurante prouve que la transition énergétique est non seulement possible, mais déjà en marche. »
Dave Jones, directeur de l’analyse chez Ember

Source : Vox