Des projecteurs tungstène aux valises Pelican

À l’école de cinéma, les étudiants des dernières promotions à avoir utilisé des Steenbeck pour monter leurs films devaient aussi manipuler des projecteurs tungstène. Ces appareils, lourds et encombrants, étaient transportés dans des valises Pelican jusqu’aux lieux de tournage improvisés : cuisine de copain pour un drame familial mal conçu, ou pire, un film d’exploitation de série Z à la Troma.

Ces projecteurs transformaient les plateaux en fournaises. Leur installation nécessitait souvent un bricolage électrique risqué, voire illégal. Les étudiants devaient porter des gants épais, mais les brûlures étaient fréquentes. Un simple contact avec les doigts sur les ampoules pouvait provoquer des explosions, à cause des huiles naturelles de la peau.

Deux options, deux réalités

Les étudiants fortunés optaient pour des projecteurs Arri, réputés pour leur qualité. Les autres devaient se contenter de Lowell, des appareils fragiles ressemblant à des cages à poules. Une partie importante des cours de prise de vue était consacrée à apprendre aux futurs cinéastes à calculer la charge électrique d’un circuit de 15 ampères avant de faire sauter les plombs.

L’arrivée des Kino Flos et la révolution LED

Heureusement, les Kino Flos ont changé la donne. Ces grands panneaux fluorescents, popularisés par le film Barfly avec Mickey Rourke, sont devenus incontournables sur les petits tournages indépendants. Légers et moins dangereux, ils ont épargné bien des hernies aux étudiants dans la vingtaine.

Ils ont ensuite été partiellement remplacés par les Litepanels, puis par les LED, une innovation majeure. Pourtant, les projecteurs tungstène et les HMI n’ont pas disparu. Les modèles puissants comme les 12K ou 18K restent indispensables pour reproduire la qualité unique de la lumière émise par un filament porté à haute température.

Le Diva Kit, un allègement bienvenu

Le Diva Kit, bien que moins puissant, était bien plus léger qu’un projecteur tungstène. Kino Flo a d’ailleurs abandonné les modèles fluorescents au profit des LED. Un ancien modèle coûtait une fortune, mais il était déjà bien plus maniable.

L’ère des DSLR et la fin des petits boulots faciles

Dans les années 2000, un jeune monteur indépendant pouvait gagner de quoi payer son loyer et ses bières en quelques tournages par mois, à condition d’avoir une caméra vidéo correcte et un projecteur embarqué. J’avais investi mes économies dans une Panasonic AG-HVX200 et un projecteur de 800 à 1 000 dollars, qui produisait une lumière aveuglante et peu flatteuse, donnant aux visages un aspect proche de l’émission Cops.

Les smartphones et les appareils photo hybrides ont depuis bouleversé le marché. Aujourd’hui, ces projecteurs obsolètes n’ont plus leur place, même s’ils restent disponibles à la vente.

« Les projecteurs tungstène étaient une épreuve physique autant qu’un défi technique. Leur remplacement par les LED a tout changé : moins de risques, plus de légèreté, et une accessibilité accrue pour les petits budgets. »

Source : Aftermath