À l’extrémité d’un chemin de terre, à l’est des Montagnes folles dans le Montana, une simple pancarte avertit les visiteurs qu’ils pénètrent sur une propriété privée. Pour Brad Wilson, cinquième génération de Montanan, ce panneau symbolise une défaite aux conséquences bien plus larges que cette région sauvage.

« Le sort de nos terres publiques et de nos droits est en péril », déclare Wilson, ancien adjoint du shérif et chasseur passionné. Pendant des décennies, il a arpenté ces montagnes aux pics enneigés et aux vallées sinueuses, passant de l’élevage de moutons à la traque des élans. « La perte de cet accès me touche profondément, ainsi que tous les autres », confie-t-il, les yeux humides près de la barrière.

Le chemin derrière lui menait, depuis plus d’un siècle, à l’un des deux sentiers publics historiques menant à l’est des Montagnes folles. En 2023, le Service des forêts des États-Unis a cédé cet accès au Yellowstone Club, un domaine privé ultra-luxe situé à 160 km de là, près de Big Sky. En échange, l’État a reçu des terres ailleurs dans le Montana.

« Je ne comprends pas pourquoi on a abandonné ce droit », s’indigne Wilson. Pour de nombreux Montanans, cet échange incarne l’emprise croissante des milliardaires sur les terres publiques américaines, un phénomène qui s’est intensifié sous les administrations Trump.

Des millions d’acres menacés par des intérêts privés

Les États-Unis possèdent plus de 600 millions d’acres de terres fédérales, des parcs nationaux aux forêts en passant par les côtes. Pourtant, près de 90 millions d’entre eux sont aujourd’hui menacés par des projets de développement, selon les critiques. Ces transformations s’accélèrent sous l’effet de politiques controversées.

  • Arizona : Un site sacré pour les peuples autochtones a été cédé à une entreprise minière de cuivre en début d’année.
  • Utah : Un sénateur républicain a tenté d’intégrer une disposition dans le budget fédéral pour vendre jusqu’à 3,2 millions d’acres de terres publiques dans l’Ouest.
  • Minnesota : Le Sénat a récemment abrogé une interdiction minière de 20 ans sur les terres fédérales, ouvrant la voie à une mine de cuivre détenue par des intérêts étrangers.

Nulle part ailleurs aux États-Unis la bataille pour les terres publiques – et l’influence des puissances financières – n’est aussi visible qu’à Montana.

Un enjeu simple : l’accès pour tous ou le privilège pour quelques-uns ?

« C’est une question très simple. Le public perdait un accès précieux dans les Montagnes folles. Des personnes très riches ont décidé qu’elles aimaient cet endroit… et maintenant, elles l’ont obtenu. »

Andrew Posewitz, militant pour les terres publiques au Montana et fils d’un célèbre écologiste, résume ainsi la situation. Pour lui, cette affaire dépasse le cadre local : elle reflète une tendance nationale où les intérêts privés grignotent peu à peu le patrimoine commun.

Les Montagnes folles, autrefois terres de chasse et de randonnée pour les habitants, deviennent progressivement un terrain de jeu pour une élite fortunée. Wilson, comme des milliers d’autres Montanans, voit s’éloigner un peu plus chaque jour le rêve d’un accès libre et gratuit à ces paysages emblématiques.