En regardant Mortal Kombat II, ce film de fantasy kitsch des années 90 qui mêle humour familial et gore extrême, impossible de ne pas repenser au tollé provoqué par le premier volet de la saga vidéo-ludique. Sorti en 1992 dans les salles d'arcade, puis sur consoles domestiques en 1993, Mortal Kombat a rapidement dépassé le cadre du simple jeu pour devenir un phénomène culturel majeur… et une source de controverse sans précédent.

À l'époque, la violence graphique du jeu a suscité une vague d'indignation, poussant le sénateur américain Joe Lieberman à organiser des auditions au Congrès. Ce dernier, connu pour ses prises de position contre les médias violents, a qualifié le jeu de « enseignant de la cruauté », affirmant qu'il formait les jeunes esprits à apprécier les formes les plus atroces de violence. Ses déclarations, prononcées dans un contexte de montée de la criminalité urbaine aux États-Unis, ont marqué l'opinion publique.

Le jeu, qui opposait deux joueurs dans un univers en deux dimensions, se distinguait par son réalisme macabre. Contrairement à d'autres titres de combat comme Street Fighter, Mortal Kombat utilisait des images numérisées d'acteurs humains, et chaque coup s'accompagnait d'éclaboussures de sang. Mais c'est surtout ses « Fatalités », des animations de fin de partie où le vainqueur infligeait une mort sanglante à son adversaire (décapitation, arrachage de cœur, etc.), qui ont choqué l'Amérique puritaine.

Lieberman, convaincu que ces jeux influençaient négativement la jeunesse, a tenté de les interdire, sans succès. Pourtant, loin d'être une simple incitation à la violence, Mortal Kombat était avant tout une provocation ironique, mêlant humour noir et exagération. Les développeurs avaient conçu ces scènes choquantes pour surprendre, amuser… et surtout, déstabiliser les adultes et les figures d'autorité comme Lieberman.

Ironiquement, ce qui était perçu comme une menace morale dans les années 90 est aujourd'hui célébré comme un classique du jeu vidéo. La saga, passée du statut de « danger public » à celui de phénomène nostalgique, prouve que le temps transforme même les polémiques les plus vives en souvenirs cultes.

Source : Reason