Un site web au style marketing pour des missions controversées

Le département de la Sécurité intérieure (DHS) des États-Unis a dévoilé un nouveau site web dédié à ses forces spéciales interagences, lancé officiellement vendredi. Baptisé HSTF.gov, il a été annoncé en premier lieu sur le compte X du FBI avec le slogan : « Nous ne négocions pas. Nous démantelons. »

Le design du site, épuré et moderne, rappelle celui des startups technologiques ou des marques de déodorants. La page d’accueil met en avant une image générée par IA de soldats masqués, armés de fusils d’assaut, avançant dans un nuage de gaz lacrymogène. Aucun terme comme ICE, expulsions ou immigration n’y figure.

À la place, le site présente ces forces comme des croisés luttant contre les cartels étrangers, le trafic de drogue et la traite humaine. Pourtant, leur création est directement liée à un décret signé par Donald Trump en 2017, intitulé « Protéger le peuple américain contre l’invasion », qui visait explicitement à déporter, incarcérer et expulser un nombre sans précédent de migrants.

Des objectifs officiels en contradiction avec la réalité

Le site décrit la Homeland Security Task Force (HSTF) comme une « force permanente interagences créée par décret pour combattre les organisations criminelles transnationales, y compris les cartels, les réseaux de traite et les organisations terroristes étrangères ». Pourtant, il omet un passage clé du décret Trump : l’utilisation de tous les outils disponibles pour appliquer les lois sur l’immigration.

Les forces spéciales, déployées dans des villes comme Minneapolis, Memphis et Los Angeles, ont été accusées de kidnappings et de détentions arbitraires. Une réalité que le site web ne mentionne pas.

Une équipe de designers aux profils surprenants

Derrière ce projet se cache une équipe aux parcours atypiques, recrutée par le National Design Studio, une agence créée par décret en 2023. Parmi ses membres :

  • Joe Gebbia : ancien membre du conseil d’administration de DOGE, milliardaire et cofondateur d’Airbnb, également membre des conseils de Tesla.
  • Nate Brown : directeur créatif ayant travaillé avec Kanye West avant de se tourner vers des missions gouvernementales.
  • Edward Coristine : surnommé « Big Balls » à l’ère DOGE, il est responsable technique du projet. Dans une interview récente avec l’influenceur d’extrême droite Nick Shirley, il a déclaré :
    « Nous préparons les Américains à une croissance future et à croire au système capitaliste, pour qu’ils voient comment il peut fonctionner pour eux. »

Coristine a également souligné l’importance de l’intelligence artificielle dans la création du site, affirmant l’utiliser quotidiennement pour travailler jusqu’à 14 heures par jour.

Une communication qui masque les enjeux réels

Le site met en avant des objectifs comme le démantèlement des réseaux de trafic transfrontalier, avec une priorité sur les cas impliquant des enfants. Pourtant, les agents du DHS ont été critiqués pour avoir détenu des mineurs dans des centres de rétention éloignés des frontières.

Le projet, lancé il y a un an, s’inscrit dans une stratégie de communication visant à rebranding des missions controversées sous une image plus acceptable. Cependant, les liens avec les politiques migratoires restrictives de l’administration Trump restent indéniables.