L'ère des looksmaxxers et la fascination malsaine pour la beauté
Nous vivons une époque où les looksmaxxers fascinent. Cette communauté en ligne, majoritairement composée d'hommes, prône des méthodes extrêmes pour atteindre la beauté : se frapper le visage avec un marteau pour un menton plus marqué, ou utiliser des drogues pour sculpter un corps plus mince. Ces pratiques, bien que choquantes, révèlent une vérité troublante : dans notre société, la beauté ouvre des portes.
Leur démarche, aussi extrême soit-elle, est compréhensible. Ils ont simplement tiré la conclusion logique de cette observation : la vie est plus facile quand on est beau. Pourtant, une tendance inverse émerge, portée par deux mémoires qui osent revendiquer l'"ugly" (le laid) sans chercher à changer.
Deux autrices face à l'"objectif" de l'ugly
Dans Ugly, à paraître en mai, la journaliste Stephanie Fairyington écrit :
« Je suis une femme laide. »De son côté, Moshtari Hilal, poétesse et artiste, publie Ugliness en 2023 avec cette phrase :
« À 14 ans, j’ai appris quatorze fois que j’étais laide. »
Contrairement aux looksmaxxers, ces autrices ne cherchent pas à modifier leur apparence. Elles explorent plutôt la notion même d'"ugly", interrogeant : cette perception est-elle une construction sociale ou une réalité objective ? Peut-on définir objectivement la beauté ? Et surtout, comment cette obsession a-t-elle été façonnée par des siècles de racisme et de misogynie ?
L'"ugly" comme acte de résistance
Fairyington et Hilal se demandent si revendiquer l'"ugly" peut être un choix libérateur. Ou si, au contraire, cette étiquette ne cache pas une forme de haine de soi. Hilal exprime son malaise :
« Je ne peux pas me réconcilier avec l’idée d’être laide par le seul biais de l’esthétique ou de la poésie. »De son côté, Fairyington écrit :
« Reconnaître que notre beauté – ou son absence – façonne nos vies est une vérité trop douloureuse. »
En lisant ces ouvrages, on se demande si les autrices ont vraiment trouvé des réponses. Le mot "ugly" porte en lui une charge malveillante difficile à neutraliser. Parfois, le fait de se réapproprier ce terme ressemble davantage à de l’auto-dénigrement qu’à une libération.
La beauté, une illusion à déconstruire ?
Face à ces réflexions, une question s’impose : et si la beauté n’était qu’une illusion collective ? Les standards de beauté, souvent imposés par les médias et les industries, sont rarement universels. Ce qui est considéré comme "laid" dans une culture peut être célébré dans une autre.
Fairyington, du moins, rejette les compliments sur son apparence. Elle précise qu’elle n’apprécie pas qu’on lui dise qu’elle n’est pas laide. Pourtant, en observant des photos d’elle, on pourrait en douter. Mais pour elle, l’enjeu n’est pas là : il s’agit de refuser de jouer le jeu des normes.
Et si l'"ugly" était une forme de liberté ?
Ces mémoires invitent à repenser notre rapport à l’apparence. Et si, plutôt que de chercher à correspondre à des idéaux inatteignables, on choisissait de s’en affranchir ? L’"ugly" pourrait alors devenir un acte de résistance, une manière de dire : « Je refuse de me soumettre à vos critères. »
Dans un monde où les réseaux sociaux amplifient les comparaisons et les complexes, ces récits offrent une perspective rafraîchissante. Ils rappellent que la beauté n’est pas une fin en soi, mais une construction sociale – et que l’acceptation de soi passe peut-être par son rejet.
Pour aller plus loin
- Ugly de Stephanie Fairyington (mai 2024)
- Ugliness de Moshtari Hilal (2023)
- Les dérives des communautés looksmaxxing et leur impact sur la santé mentale
- L’influence des standards de beauté sur les jeunes générations