WASHINGTON — La Cour suprême des États-Unis a entendu, ce lundi, les arguments de Bayer AG dans le cadre de sa tentative de mettre fin aux milliers de poursuites judiciaires l'accusant d'avoir causé des cancers via son herbicide Roundup, à base de glyphosate. Cette substance, classée comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), est au cœur d'un bras de fer juridique sans précédent.
Bayer, géant allemand ayant racheté l'américain Monsanto en 2018, fait face à plus de 100 000 plaintes de victimes ou de leurs familles, réclamant des milliards de dollars de dommages et intérêts. Malgré les études liant le glyphosate au lymphome non hodgkinien, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) américaine affirme que cette substance « n'est probablement pas cancérogène pour l'homme ». Une position soutenue par l'administration Trump, qui a qualifié le glyphosate de « critique pour la défense nationale » et signé un décret pour en augmenter la production.
Lors des auditions, Bayer a demandé à la Cour suprême de lui accorder une immunité juridique totale, empêchant ainsi les patients atteints de cancer et leurs proches de poursuivre le groupe. Une demande qui a suscité une mobilisation inhabituelle.
Une coalition inattendue contre Bayer
Devant le siège de la Cour suprême, des militants, des influenceurs et des élus ont manifesté leur opposition à cette stratégie. Parmi eux, des figures comme « The Food Babe » ou « The Glyphosate Girl », connues pour leurs prises de position contre les pesticides, ont relayé l'événement en direct. Des personnalités plus institutionnelles, comme le sénateur démocrate Cory Booker (New Jersey), ont également pris la parole, aux côtés d'activistes d'organisations comme le Center for Biological Diversity.
Sur le front législatif, une alliance bipartisane se forme pour contrer les lobbyistes de Bayer. Les représentants Chellie Pingree (Démocrate, Maine) et Thomas Massie (Républicain, Kentucky) s'opposent à une disposition du projet de loi agricole pour 2026, qui vise à interdire aux États et collectivités locales d'émettre des avertissements sur les risques des pesticides. Une mesure qui, selon Massie, « accorderait une immunité aux entreprises, pas aux agriculteurs ».
« Si les agriculteurs contractent un cancer à cause de ce produit, et si cette disposition est adoptée dans la loi agricole, vous ne pourrez plus les poursuivre. » — Thomas Massie
Alors que la Cour suprême et le Congrès examinent respectivement le dossier Roundup et le projet de loi agricole, une enquête récente révèle que les États américains continuent d'utiliser d'importantes quantités de glyphosate, malgré les controverses.