WASHINGTON — L’administration Trump durcit sa politique d’asile envers les dissidents russes fuyant le régime de Vladimir Poutine. Selon une enquête du Boston Globe, les autorités américaines rejettent désormais systématiquement les demandes de protection de ces réfugiés, malgré les risques évidents de répression à leur retour en Russie.

Cette tendance, amorcée sous la présidence Biden, s’est accélérée depuis le retour de Donald Trump au pouvoir en 2024. Depuis, les services d’immigration américains auraient déjà expulsé plusieurs centaines de Russes ayant demandé l’asile, selon les estimations de Russian America for Democracy in Russia (RADR), une organisation qui soutient les opposants russes et analyse les données de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement).

Parmi les cas documentés : un jeune homme de 25 ans, déserteur de l’armée russe, arrêté dès son retour à Moscou et accusé de désertion. Leonid Melekhin, un militant de l’opposition, a quant à lui été incarcéré directement à sa descente d’avion après son expulsion en 2025, où il purge désormais une lourde peine de prison.

RADR estime que près de 1 000 autres Russes en quête d’asile sont actuellement détenus dans des centres de rétention aux États-Unis. C’est le cas de Krasnov, qui avait sollicité l’asile à la frontière américano-mexicaine en 2023. Après 14 mois de détention, il avait été libéré en octobre 2024 à la suite d’un recours collectif contre les détentions illégales. Pourtant, lors d’un contrôle en février 2025, il a été de nouveau arrêté. Il craint désormais d’être emprisonné dès son arrivée en Russie — une destination où les prisonniers sont souvent envoyés combattre en Ukraine.

Selon les données, 18 % des victimes russes de la guerre en Ukraine étaient d’anciens détenus. Une ironie cruelle pour Krasnov, qui s’interroge : « En Russie, chaque homme est une pièce du système de guerre de Poutine. Pourquoi lui en fournir davantage ? »

Les cibles privilégiées de l’ICE ? Les camionneurs russes, dont les métiers les rendent vulnérables aux contrôles routiers. Anastasia Topilina, dont le mari, Alexander, a été arrêté à un point de contrôle au Texas, dénonce une traque facile : « Les agents de l’ICE n’ont même pas besoin de chercher : ils tombent sur eux sans effort. »

Alexander Topilin, détenu aux côtés d’une vingtaine d’autres camionneurs russophones, avait fui la Russie après avoir été menacé par la police pour sa participation à des manifestations anti-Poutine. Arrêté lors d’une de ces mobilisations, il affirme avoir été étranglé avec une serviette en éponge pour lui extorquer des aveux d’« tentative de renversement du président ».

Cette politique controversée rappelle les dérives dénoncées dès 2023 : le traitement abusif des dissidents russes sous couvert de lutte contre l’immigration illégale. Une approche qui, selon les observateurs, renforce le régime de Poutine en privant l’opposition de ses soutiens et en alimentant les rangs de son armée.

Source : Reason