Alors que l’engouement pour les voitures autonomes ne cesse de grandir, deux entrepreneurs aguerris dans le secteur de la mobilité ont identifié un frein critique à leur développement : l’impossibilité actuelle de rendre ces flottes rentables.

George Kalligeros, ancien ingénieur chez Tesla et passionné d’automobile, et Dan Keene, stratège britannique, ont cofondé Aseon Labs, une startup basée à Redwood City, en Californie. Leur objectif ? Réinventer l’infrastructure de maintenance des véhicules autonomes pour en faire une solution viable économiquement.

Cette initiative s’appuie sur leur expérience précédente avec Pushme Bikes, un réseau de stations de batteries interchangeables pour trottinettes et vélos électriques partagés. Vendue à Tier Mobility en 2020 pour 600 millions de dollars, cette plateforme dessert désormais 5 000 sites dans 40 villes à travers le monde.

Un modèle économique en crise

Le secteur des taxis autonomes, bien que prometteur, se heurte à des coûts opérationnels insoutenables. Selon Kalligeros, les flottes autonomes parcourent jusqu’à 44 % de leurs trajets à vide, et près d’un tiers des véhicules sont hors service à tout moment. Chaque jour, les voitures doivent se rendre dans des dépôts centraux, situés à 15-20 km de leur zone d’exploitation, pour y être rechargées, nettoyées et inspectées par des opérateurs humains. Ces opérations, qui immobilisent les véhicules pendant près de deux heures, grèvent lourdement les revenus.

« Les véhicules autonomes ne sont pas rentables aujourd’hui. Ils brûlent entre 2 et 3 milliards de dollars par an en coûts opérationnels », explique Kalligeros. « Sans une refonte structurelle, leur modèle économique n’est pas viable à grande échelle. »

Une solution innovante : les stations de service automatisées

Aseon Labs propose une alternative radicale : un réseau de stations de service automatisées et connectées, intégrées directement dans les zones d’exploitation des flottes. Ces modules, occupant l’espace d’une place de parking, permettent de recharger, nettoyer et inspecter les véhicules sans intervention humaine.

Contrairement aux dépôts traditionnels, ces stations peuvent être déployées en moins de 24 heures sur des parkings, stations-service, bâtiments tertiaires ou infrastructures routières. Elles s’intègrent également aux réseaux de recharge existants, optimisant ainsi leur utilisation.

Les bénéfices sont multiples :

  • Réduction de 50 % des coûts de maintenance en éliminant les trajets vers les dépôts centraux.
  • Diminution de 65 % des temps d’arrêt grâce à une maintenance en continu.
  • Augmentation de plus de 50 000 dollars par an et par véhicule des revenus générés.
  • Optimisation des revenus pour les exploitants de stations de recharge, grâce à une utilisation permanente des infrastructures.

Un marché en pleine expansion

Le marché des véhicules autonomes est en pleine croissance. Waymo, leader du secteur, opère déjà dans plusieurs grandes villes américaines, dont San Francisco, Phoenix et Los Angeles, avec des projets d’expansion dans 20 autres métropoles. Selon Goldman Sachs, le marché intérieur pourrait atteindre 48 milliards de dollars d’ici 2035, avec une flotte passant de 3 000 à 3 millions de véhicules. À l’échelle mondiale, le secteur pourrait représenter 415 milliards de dollars, avec une croissance de 7 000 à 6 millions de véhicules.

Pour Aseon Labs, l’enjeu est de taille : rendre cette révolution technologique économiquement viable. Soutenue par Y Combinator, la startup a levé des fonds et dévoile aujourd’hui son modèle, qui pourrait bien redéfinir les règles du jeu dans l’industrie de la mobilité autonome.