Des puits pétroliers abandonnés parsèment le paysage texan, créant des difficultés pour les propriétaires fonciers. Certains, comme ceux de Jackie Chesnutt dans l'ouest du Texas, ne produisent que quelques barils par mois, voire moins. Pourtant, ces installations, souvent obsolètes, échappent aux obligations légales de fermeture.

Chesnutt, ingénieure retraitée, possède un ranch de 375 acres près de San Angelo. Cinq puits y sont exploités par la société CORE Petro, qu'elle accuse de ne pas respecter les règles de production de l'État. Selon elle, ces puits devraient être fermés. Pourtant, l'entreprise affirme être en difficulté financière et ne pas pouvoir assumer les coûts de mise hors service. « Nous ne sommes pas en mesure de boucher un grand nombre de puits. Ce n'est pas notre métier », déclare-t-elle.

Le Texas compte plus de 159 000 puits inactifs. Lorsqu'une entreprise fait faillite sans avoir bouché ses puits, ceux-ci deviennent des puits orphelins, un problème qui prend des proportions alarmantes. L'État recense actuellement plus de 11 000 puits orphelins en attente de traitement, un record.

Pour rester actifs, les puits doivent produire au moins cinq barils par jour pendant trois mois consécutifs, ou un baril par jour pendant douze mois. Beaucoup d'entreprises maintiennent une production minimale, souvent inférieure à un baril par jour, simplement pour éviter les frais de fermeture, qui peuvent s'élever à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Un système qui favorise l'abandon

Selon les analystes du secteur et les défenseurs de l'environnement, certaines entreprises déclarent une production symbolique pour contourner leurs obligations. « Les puits sous contrat produisent tous », affirme Bryce Dubee, porte-parole de la Railroad Commission, l'organisme de régulation texan. Pourtant, des associations comme Commission Shift dénoncent cette pratique : « Les entreprises ne devraient pas pouvoir produire une cuillère à café de pétrole ou un pied cube de gaz pendant des années simplement pour éviter de payer la mise hors service. »

Des propriétaires fonciers pris au piège

Chesnutt, 69 ans, est l'une des rares propriétaires à se battre contre ce système. Après avoir acheté son ranch en 1998, elle élève désormais des chèvres et des moutons. Ses plaintes auprès de la Railroad Commission sont restées sans réponse. En désespoir de cause, elle a coupé l'alimentation électrique des puits de CORE Petro, affirmant qu'ils ne respectent pas les règles de production.

L'entreprise conteste ces accusations et affirme que Chesnutt elle-même enfreint la loi en agissant ainsi. Pourtant, pour de nombreux propriétaires, la situation reste intenable : des équipements rouillés, des risques de pollution et des coûts imprévus pèsent sur leurs terres.

« Nous ne sommes pas en mesure de boucher un grand nombre de puits. Ce n'est pas notre métier. »
— CORE Petro

Face à l'ampleur du problème, des voix s'élèvent pour réclamer une réforme des règles. Les défenseurs de l'environnement et certains élus plaident pour des obligations plus strictes, afin que les entreprises assument leurs responsabilités et financent la fermeture des puits, plutôt que de laisser l'État et les propriétaires fonciers en payer le prix.