La réduction des approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient profite aux exportations américaines, mais les capacités d'exportation des États-Unis atteignent rapidement leurs limites. Malgré l'embargo imposé au détroit d'Ormuz et les tensions géopolitiques, les infrastructures portuaires et logistiques du pays, notamment sur la côte du Golfe, risquent de plafonner cette croissance.
Le président Donald Trump met en avant les exportations énergétiques américaines comme un levier géopolitique majeur dans un contexte de blocage stratégique. Pourtant, les contraintes physiques des terminaux et des ports pourraient bientôt freiner cette dynamique. À court terme, l'augmentation des exportations américaines ne suffira pas à compenser la chute des livraisons en provenance du Moyen-Orient.
Un bouleversement des flux pétroliers mondiaux
La guerre en Iran pourrait redessiner la carte mondiale du pétrole. Plusieurs scénarios se dessinent : les producteurs du Moyen-Orient pourraient construire de nouveaux oléoducs pour contourner le détroit d'Ormuz, tandis que les États-Unis et d'autres pays hors du Golfe augmenteraient leurs exportations par voie maritime.
« Même après un éventuel conflit, certains flux commerciaux pourraient s'installer durablement, sans revenir à leur niveau d'avant-guerre. »
Des records d'exportation, mais des limites structurelles
Les exportations combinées de pétrole et de produits pétroliers (essence, carburéacteur, etc.) ont atteint un niveau historique de 12,9 millions de barils par jour la semaine dernière, selon les données fédérales. Bien que ces chiffres soient sujets à des variations, les analystes s'accordent sur une tendance haussière alors que les pays cherchent désespérément des sources d'approvisionnement.
Historiquement, les exportations de brut américain oscillaient entre 3,5 et 4,5 millions de barils par jour. Cependant, cette moyenne a été dépassée récemment. D'après l'intelligence de marché de Kpler, les exportations de brut devraient atteindre en moyenne 5 millions de barils par jour en avril, une première à l'échelle mensuelle.
Matt Smith, analyste chez Kpler, attribue cette hausse à deux facteurs : l'augmentation de la disponibilité des très gros pétroliers (VLCC), capables de transporter environ 2 millions de barils chacun, en raison de la fermeture du détroit, et les prix du pétrole américain, relativement attractifs par rapport à d'autres grades.
Quel avenir pour les exportations américaines ?
La question se pose désormais : cette augmentation des exportations est-elle appelée à devenir la nouvelle norme, ou s'agit-il d'un phénomène temporaire ? Les contraintes logistiques et les capacités portuaires pourraient limiter cette croissance.
Selon Matt Smith, les exportations de brut pourraient ponctuellement atteindre 6,5 millions de barils par jour, mais un plafond mensuel de 5,5 millions de barils semble plus réaliste en raison des limites d'infrastructure. Rob Wilson, d'East Daley Analytics, évoque un « plafond souple » de 1 à 2 millions de barils supplémentaires, tout en soulignant les obstacles persistants.
William O'Neil, analyste en énergie chez S&P Global, met en garde contre une autre contrainte : les stocks de produits pétroliers, comme le diesel, diminuent rapidement. Associé à un taux d'utilisation élevé des raffineries, cela suggère que les niveaux actuels d'exportation « ne pourront pas être maintenus indéfiniment sans risquer de tensions sur les réserves nationales », explique-t-il à Axios.
L'administration Trump mise sur les raffineries et les investissements
Du côté de la Maison Blanche, la porte-parole Taylor Rogers a réaffirmé l'importance des raffineries dans la stratégie d' « domination énergétique » du président Trump. Elle a également annoncé l'ouverture prochaine d'une nouvelle raffinerie à Brownsville, au Texas.
Reste une inconnue majeure : ces dynamiques suffiront-elles à attirer de nouveaux investissements privés pour moderniser et étendre les capacités des ports et terminaux de la côte du Golfe ? Plusieurs projets offshore sont actuellement à l'étude, mais leur concrétisation dépendra des perspectives économiques et géopolitiques.