Une audition sous le signe du changement

Kevin Warsh affronte aujourd'hui son audition de confirmation à la tête de la Réserve fédérale (Fed). Les républicains le dépeignent comme un agent de changement, prêt à bousculer une institution jugée trop rigide. Dans une déclaration obtenue par Axios, le sénateur républicain Dave McCormick (Pennsylvanie) souligne que Warsh « incarne l'esprit d'un réformateur » et « secouera une institution stagnante à un moment où le changement est plus que nécessaire ».

Ces propos rejoignent les critiques répétées de Warsh envers la Fed, qu'il accuse de se laisser guider par des « économistes pointilleux » s'appuyant sur des modèles dépassés et des montagnes de données de marché.

Les démocrates ciblent les conflits d'intérêts

Du côté des démocrates, l'accent sera mis sur les conflits d'intérêts potentiels liés au portefeuille d'investissements de Warsh, l'un des plus importants de l'histoire de la Fed. Ses placements, partiellement non divulgués, pourraient être directement impactés par les décisions monétaires de l'institution. Un rapport du personnel démocrate du Sénat révèle que Warsh détient des participations dans des dizaines d'entreprises privées, dont certaines fintechs dont la valeur dépend des politiques réglementaires et de paiement de la Fed.

« M. Warsh n'a pas divulgué les actifs sous-jacents de placements valant plus de 100 millions de dollars », indique le rapport. « Son refus de rendre publics ses avoirs financiers – même s'il s'est engagé à les céder – risque de conduire le Sénat à confirmer un président de la Fed en situation de conflit d'intérêts. »

Une confirmation en jeu

La nomination de Warsh, soutenue par les républicains, s'annonce comme un processus plus partisan que par le passé. Quatre ans plus tôt, Jerome Powell avait été confirmé par 80 voix, tandis qu'Alan Greenspan l'avait été à l'unanimité à cinq reprises. Pourtant, les républicains disposent des voix nécessaires pour valider sa nomination, à condition qu'une enquête du ministère de la Justice sur Jerome Powell – officiellement liée au dépassement de budget d'un projet immobilier de la Fed – soit résolue.

Le sénateur Thom Tillis (Caroline du Nord) qualifie cette enquête de « prétexte » pour influencer la politique monétaire, une opinion partagée par un juge fédéral et par Powell lui-même. Tillis a menacé de bloquer la progression de la nomination de Warsh au sein de la commission bancaire tant que l'enquête ne sera pas abandonnée.

Le contexte politique

Le mandat de Powell à la tête de la Fed expire le 15 mai. L'administration Trump souhaite son départ, comme en témoigne l'introduction élogieuse de McCormick. « Si confirmé, Kevin héritera d'une Réserve fédérale en besoin de réparations et confrontée à une incertitude majeure », déclarera McCormick, citant « un bilan inflationniste défaillant et une compréhension limitée des opportunités offertes par l'économie actuelle ».

« Warsh est particulièrement bien placé pour relever ces défis. »

— Dave McCormick, sénateur républicain

Les enjeux de transparence

Outre les conflits d'intérêts, les démocrates pointent l'opacité des investissements de Warsh. Plusieurs de ses participations, protégées par des accords de confidentialité, concernent des startups fintech dont la valorisation dépend des décisions de la Fed. Son épouse, Jane Lauder – héritière du groupe Estée Lauder – possède également une fortune familiale significative, ce qui ferait de Warsh le président de la Fed le plus riche de l'histoire, même avant l'ajout de ses propres avoirs.

Les sénateurs démocrates exigent une divulgation complète de ses actifs avant toute confirmation, sous peine de bloquer sa nomination.

Ce qu'il faut retenir

  • Les républicains voient en Warsh un réformateur capable de moderniser la Fed.
  • Les démocrates dénoncent des conflits d'intérêts liés à ses investissements non divulgués.
  • Une enquête sur Jerome Powell pourrait retarder ou bloquer la confirmation de Warsh.
  • La transparence des avoirs de Warsh est au cœur des débats au Sénat.
Source : Axios