Plus de 400 000 Arizoniens privés de SNAP depuis juillet
Depuis juillet, plus de 400 000 Arizoniens ont perdu leurs droits au programme d'aide alimentaire SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), soit près de 47 % des bénéficiaires de l'État. Cette chute brutale, la plus importante du pays, est directement liée à l'application de la loi One Big Beautiful Bill Act, promulguée sous l'administration Trump. Parmi les personnes touchées figurent environ 180 000 enfants, selon le département de la Sécurité économique de l'Arizona.
Une baisse bien supérieure aux autres États
Les données publiées mercredi par le Center on Budget and Policy Priorities, un organisme non partisan, révèlent que l'Arizona est de loin le plus touché. La Floride, qui arrive en deuxième position, n'a enregistré qu'une baisse de moins de 16 % de ses bénéficiaires depuis juillet. Les experts soulignent que cette situation pourrait s'étendre à d'autres États, faisant de l'Arizona un signal d'alerte.
Des changements politiques accélérés
Les responsables de l'Arizona attribuent cette chute à la mise en œuvre rapide de nouvelles règles imposées par la loi, notamment des exigences de travail renforcées. Cependant, des entretiens et des analyses révèlent que les difficultés rencontrées par l'agence chargée du SNAP, couplées à des coupes budgétaires, ont aggravé la situation. Les demandes d'aide sont devenues plus complexes, et des personnes éligibles se voient refuser leurs droits.
La loi transfère une partie des coûts du programme aux États, étend les exigences de travail pour certains bénéficiaires et supprime des exemptions pour d'autres, comme les personnes sans-abri ou celles sortant du système de protection de l'enfance. Par ailleurs, elle impose aux États de réduire leurs taux d'erreur de paiement sous peine de sanctions financières pouvant atteindre des centaines de millions de dollars.
Des conséquences déjà visibles
Bien que certaines mesures n'entrent en vigueur qu'à l'automne, les experts estiment que les Arizoniens subissent déjà les effets de ces changements. Charisma Garcia, une mère de deux enfants âgée de 25 ans, a tenté pendant des mois d'obtenir un entretien pour finaliser sa demande de SNAP. Après des semaines d'appels infructueux, elle s'est rendue en personne dans un bureau du département de la Sécurité économique à Phoenix, où on lui a indiqué qu'aucun entretien en présentiel n'était possible. Elle s'est alors tournée vers une banque alimentaire pour nourrir ses enfants, âgés de 3 et 6 ans.
« Je dois faire ce qui me permet d'obtenir de la nourriture. »
Un risque de sanctions financières pour l'Arizona
Le taux d'erreur de paiement de l'Arizona, actuellement de 8,8 %, est inférieur à la moyenne nationale. Cependant, la nouvelle réglementation fédérale exige qu'il soit ramené à 6 % sous peine de sanctions. Si l'État ne parvient pas à réduire ce taux, il pourrait encourir des pénalités de 195,4 millions de dollars d'ici deux ans, soit plus du double de son budget actuel alloué au SNAP.
Le porte-parole du département de la Sécurité économique de l'Arizona, Brett Bezio, a déclaré que l'agence se concentrait sur la réduction du taux d'erreur pour garantir que le programme reste une ressource stable pour les Arizoniens vulnérables.
Un avertissement pour les autres États ?
Joseph Palomino, directeur de l'Arizona Center for Economic Progress, une organisation non partisane, met en garde : « L'Arizona n'est qu'un signal d'alerte. Ce scénario risque de se reproduire dans tous les États. »
Les défenseurs des droits sociaux s'inquiètent de l'impact de cette loi sur les ménages à faible revenu, déjà fragilisés par l'inflation et la hausse des coûts de la vie. La situation en Arizona pourrait ainsi devenir un précédent national, soulignant les risques des réformes restrictives des aides sociales.