Des millions d’électeurs contre les cages de gestation

Aux États-Unis, plus de six millions de truies reproductrices sont enfermées dans des cages de gestation, des enclos si étroits qu’elles ne peuvent même pas se retourner. Considérées comme l’une des pratiques d’élevage les plus cruelles, ces cages sont désormais interdites dans plusieurs États grâce à des votes populaires.

En 2016, le Massachusetts a adopté une loi interdisant non seulement l’utilisation de ces cages, mais aussi la vente de porc issu de fermes les utilisant, même en dehors de l’État. Le scrutin a été marqué par un soutien massif : 78 % des électeurs ont voté pour cette mesure. Deux ans plus tard, la Californie a suivi avec 63 % de votes favorables.

L’industrie porcine contre-attaque

Malgré ces victoires démocratiques, l’industrie porcine a tenté à plusieurs reprises de faire annuler ces lois devant les tribunaux. À chaque fois, elle a échoué. Désormais, elle mise sur le Congrès pour contourner ces interdictions.

Une proposition de loi, intégrée au projet de loi agricole de la Chambre des représentants, vise à invalider les restrictions des États. Bien que cette initiative n’ait pas encore abouti, elle marque une étape importante dans la stratégie de l’industrie.

Un système de contention dénoncé par les scientifiques

Les cages de gestation, utilisées depuis les années 1970, permettent aux éleveurs de surveiller plus facilement les gestations et de contrôler l’alimentation des truies. Pourtant, ces enclos provoquent un stress chronique chez les animaux, qui développent des comportements stéréotypés comme mordre les barreaux. Temple Grandin, spécialiste du bien-être animal, compare ces cages à « forcer un humain à vivre dans un siège d’avion ».

Les truies, animales sociales et intelligentes, sont confinées dans ces cages pendant presque toute leur vie reproductive, soit environ cinq ans, avant d’être envoyées à l’abattoir.

Les États unis pour le bien-être animal

Avant le Massachusetts et la Californie, d’autres États avaient déjà interdit les cages de gestation : la Floride en 2002, l’Arizona en 2006, puis sept autres États par la suite. Cependant, ces lois avaient un impact limité, car ces États ne concentrent pas une grande partie de la production porcine américaine.

La loi du Massachusetts, en revanche, change la donne. En interdisant la vente de porc issu de cages de gestation, elle force les producteurs nationaux à adopter des pratiques plus éthiques. Une avancée majeure pour le bien-être animal.

Le Sénat américain face à un choix crucial

Le projet de loi agricole de la Chambre des représentants, incluant la clause controversée, doit maintenant être examiné par le Sénat. Les sénateurs devront trancher : soutenir les lois des États ou céder aux pressions de l’industrie porcine.

En 2023, près de 130 millions de porcs ont été élevés pour la consommation aux États-Unis. Leur bien-être dépend désormais des décisions politiques à Washington.

Source : Vox