Washington durcit le ton envers Cuba. Lors d’une déclaration récente sur la guerre en Iran, le président américain Donald Trump a laissé entendre que l’île pourrait être la prochaine cible de son administration : *« Nous pourrions faire un détour par Cuba après avoir réglé ce dossier »*, a-t-il déclaré. Cette menace s’inscrit dans une série de propos ambigus tenus ces dernières semaines, suggérant que La Havane figurerait en bonne place sur la liste des priorités de son agenda de « changement de régime ».
Depuis janvier 2026, l’administration Trump a intensifié sa campagne de « pression maximale » contre Cuba. Peu après la chute du président vénézuélien Nicolás Maduro, allié historique de Cuba, Washington a drastiquement réduit les importations de pétrole vers l’île, déjà fragilisée par des coupures d’électricité récurrentes à l’échelle nationale. Parallèlement, le Pentagone prépare désormais une série d’options militaires pour intervenir à Cuba.
Face à ces provocations, les sénateurs démocrates ont réagi en proposant un projet de loi visant à bloquer toute action militaire contre l’île. Pourtant, parallèlement aux menaces, des négociations sont en cours. Une délégation du département d’État américain s’est rendue à La Havane début avril, marquant le premier atterrissage d’un avion gouvernemental américain sur l’île depuis la brève période de détente sous l’administration Obama.
Lors de ces discussions, les États-Unis ont présenté une liste de revendications : réformes économiques, libération des prisonniers politiques, indemnisation des entreprises et résidents américains spoliés lors de la révolution cubaine, et l’autorisation de l’accès à internet via Starlink. Depuis la prise de pouvoir par Fidel Castro en 1959, chaque président américain s’est heurté à la question cubaine. Trump, après ses opérations au Venezuela et en Iran, semble convaincu d’être l’homme providentiel pour résoudre ce casse-tête.
*« Toute ma vie, on m’a demandé : quand les États-Unis agiront-ils à propos de Cuba ? Je crois que j’aurai l’honneur de le faire »*, a-t-il affirmé. Mais que signifie concrètement « agir » à Cuba ?
Un changement de régime sans renversement ?
Pour les opposants au régime cubain, comme pour une partie de l’opposition américaine, l’objectif reste le renversement du régime communiste et la levée de l’embargo. Pourtant, la réalité pourrait être bien différente. L’administration Trump semble adopter une interprétation élastique du terme « changement de régime », qui ne rimerait pas forcément avec destitution.
Aux États-Unis, on observe une stratégie similaire en Iran, où Trump a salué la formation d’un nouveau gouvernement *« moins radical et plus raisonnable »* après l’élimination du guide suprême Ali Khamenei et de hauts responsables. Pourtant, ce régime, bien que moins intransigeant, reste réticent à céder aux exigences américaines. Au Venezuela, l’administration a maintenu Delcy Rodríguez, ancienne vice-présidente de Maduro, au pouvoir, tout en brandissant la menace d’une intervention militaire si elle s’écartait de la ligne fixée par Washington.
Quel modèle pour Cuba ?
La question se pose : le modèle vénézuélien, fondé sur une pression constante sans renversement total, pourrait-il s’appliquer à Cuba ? L’île est sous embargo américain depuis le début des années 1960, une mesure qui a profondément marqué son économie et sa société. Une intervention militaire directe semble peu probable, mais les sanctions économiques pourraient s’aggraver, tandis que les cyberattaques ou des opérations secrètes ne sont pas à exclure.
Pour l’instant, les Cubains vivent dans l’incertitude. Entre les menaces de Washington et les négociations en cours, le sort de l’île reste en suspens. Une chose est sûre : la stratégie américaine envers Cuba prend une nouvelle dimension, et ses conséquences pourraient redéfinir l’équilibre géopolitique dans la région.