Depuis deux mois, la guerre entre les États-Unis et l’Iran s’est transformée en une impasse militaire sans issue visible. Malgré les déclarations triomphantes des deux camps, aucun vainqueur ne se dégage clairement. Pourtant, une puissance observe ce conflit avec une attention particulière : la Chine.
« Pékin suit cette guerre de très près », explique James Palmer, rédacteur en chef adjoint de Foreign Policy et auteur de la newsletter China Brief. Palmer a analysé avec Noel King, coanimateur de Today, Explained, les enseignements que la Chine tire de la performance militaire américaine en Iran. L’entretien révèle aussi pourquoi la gestion des alliés par l’administration Trump pourrait se révéler coûteuse en cas de conflit futur dans le Pacifique, et pourquoi, malgré tout, Pékin pousse activement à un cessez-le-feu.
Voici un extrait de leur échange, adapté pour plus de clarté et de concision. Pour écouter l’intégralité du podcast, rendez-vous sur Today, Explained via les plateformes Apple Podcasts, Pandora ou Spotify.
Pourquoi la Chine s’intéresse-t-elle à la guerre en Iran ?
La Chine analyse depuis des décennies la manière dont les États-Unis mènent leurs guerres. Dès la première guerre du Golfe, Pékin avait réévalué sa stratégie militaire, réalisant l’écart technologique et logistique qui la séparait de Washington. Cette fois, les enseignements sont tout aussi cruciaux.
Parmi les points clés observés :
- La consommation rapide des munitions par l’armée américaine, révélant des faiblesses dans la chaîne d’approvisionnement.
- La fiabilité des alliances : la Chine cherche à savoir quels pays soutiendront les États-Unis dans un conflit risqué, notamment en Asie-Pacifique.
- L’adaptabilité stratégique : comment Washington réagit-il face à une guerre prolongée et imprévisible ?
Ces questions sont essentielles pour Pékin, qui prépare déjà l’éventualité d’un affrontement futur avec les États-Unis.
Iran et Chine : une alliance paradoxale mais stratégique
À première vue, les relations entre l’Iran et la Chine semblent improbables. D’un côté, un État théocratique chiite, d’un autre, un régime communiste athée. Pourtant, leurs intérêts convergent sur plusieurs plans :
- Échanges académiques et militaires : des programmes d’échange, comme la formation de pilotes iraniens en Chine ou la présence d’étudiants iraniens dans des universités chinoises (y compris une école de médecine à Pékin), illustrent cette coopération.
- Opposition commune aux États-Unis : les deux pays se perçoivent comme des victimes de l’ordre mondial actuel, dominé par Washington.
- Intérêts commerciaux et géopolitiques : la Chine achète du pétrole iranien à prix réduit, tandis que Téhéran bénéficie d’investissements chinois dans ses infrastructures.
Malgré leurs divergences idéologiques – la Chine persécute massivement les musulmans ouïghours, tandis que l’Iran se présente comme leur protecteur –, cette alliance reste avant tout pragmatique.
Ce que la Chine retient de la guerre en Iran
Pour Pékin, cette guerre est un cas d’étude. Les leçons tirées pourraient façonner sa propre stratégie militaire et diplomatique :
« La principale préoccupation de la Chine concerne la chaîne logistique américaine. Comment les États-Unis parviennent-ils – ou non – à reconstituer leurs stocks de munitions ? »
Cette question est d’autant plus cruciale que Pékin développe activement son arsenal, notamment dans le domaine des missiles hypersoniques et de la cyberdéfense. Une faiblesse américaine en matière de production militaire pourrait offrir à la Chine un avantage décisif en cas de conflit.
Autre enseignement : l’isolement diplomatique des États-Unis. La gestion erratique des relations avec les alliés par l’administration Trump a affaibli la crédibilité de Washington. La Chine, elle, cultive soigneusement ses partenariats en Asie et au-delà, renforçant son influence face à un rival perçu comme de plus en plus imprévisible.
Enfin, malgré ces observations, Pékin continue de plaider pour un cessez-le-feu. Pourquoi ? Parce qu’une guerre prolongée en Iran, même si elle affaiblit les États-Unis, pourrait aussi déstabiliser les approvisionnements énergétiques chinois et perturber les routes commerciales stratégiques.