Le procès d'Elon Musk contre Sam Altman et OpenAI, qu'il a lui-même cofondé, prend une tournure désastreuse. Le milliardaire, qui accuse l'organisation d'avoir trahi sa mission initiale en devenant une entreprise à but lucratif, a témoigné trois jours cette semaine à Oakland. Mais ses déclarations à la barre sapent son propre argumentaire.
Dès le premier jour, Musk a accumulé les maladresses. Il a refusé de répondre par oui ou non aux questions fermées, prétendu oublier ses propres déclarations antérieures, et perdu son sang-froid face à l'avocat de la défense, William Savitt. Le juge Yvonne Gonzalez Rogers a même dû rappeler à l'ordre Musk après qu'il ait accusé Savitt de poser des questions « orientées ».
« Il peut orienter ses questions. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Rappelons à tous que vous n'êtes pas avocat. »
Les contradictions de Musk sont devenues flagrantes. Alors que ses avocats tentaient de le présenter comme un dirigeant calme et mesuré, ses propres propos l'ont démenti. Il avait affirmé ne jamais crier ni perdre son sang-froid, se contentant parfois de traiter quelqu'un de « connard » — mais seulement pour dire « Ne sois pas un connard ». Pourtant, la défense a rapidement démontré le contraire.
William Savitt a exploité ces failles pour affaiblir la crédibilité de Musk. Il a notamment cité un email de 2016 où le milliardaire écrivait à un collègue de Neuralink : « DeepMind progresse très vite. Je m'inquiète du fait qu'OpenAI ne suive pas le rythme. Créer une organisation à but non lucratif a peut-être été une erreur. Le sentiment d'urgence n'est pas assez fort. »
Interrogé sur ce message lors de son témoignage, Musk a tenté de le minimiser en le qualifiant d'hypothétique. « Ce sont vos mots, oui ou non ? » a insisté Savitt. Musk a finalement admis : « Oui, j'ai dit que c'était peut-être une erreur. »
Autre faille majeure : Musk a prétendu n'avoir jamais lu un document de 2017 détaillant le passage d'OpenAI vers un modèle à but lucratif. « Je n'ai pas lu les petits caractères. On entre dans les détails de ce document », a-t-il déclaré, affirmant n'avoir lu que la première page.
Savitt a rétorqué : « C'est un document de quatre pages. » Puis il a rappelé une déposition précédente où Musk avait admis ne même pas avoir lu un seul paragraphe. « Je ne pense pas avoir lu cette feuille de termes. Je ne suis pas sûr d'avoir vraiment lu cette feuille de termes... Je n'ai pas examiné cette feuille de termes de près. »
Exaspéré, Musk a haussé le ton, contredisant sa propre affirmation selon laquelle il ne perd jamais son calme : « J'ai dit que je n'avais pas examiné les détails de près ! J'ai lu le titre ! »
Ces incohérences ont non seulement affaibli sa position, mais elles ont aussi renforcé l'argument de la défense : Musk ne cherche pas à préserver l'intégrité d'OpenAI, mais à en reprendre le contrôle. Le procès, qui devait prouver sa bonne foi, se retourne contre lui. Les observateurs s'interrogent désormais sur l'issue de cette affaire, alors que Musk semble s'être sabordé lui-même.