Des milliards de dollars ont été promis pour lutter contre la crise climatique, mais presque aucun n’atteint les peuples autochtones. Pourtant, les dirigeants mondiaux reconnaissent leur rôle essentiel dans la protection de l’environnement. « Des forêts amazoniennes à l’Australie, en passant par l’Afrique et l’Arctique, vous êtes les grands gardiens de la nature, une bibliothèque vivante de la biodiversité et des champions de l’action climatique », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors du Forum permanent des Nations unies sur les questions autochtones à New York la semaine dernière.
Cependant, les engagements financiers n’ont pas été tenus. Les grandes institutions financières mondiales, chargées de financer la lutte contre le changement climatique, échouent à allouer des fonds aux communautés autochtones ou même à vérifier si elles en bénéficient. Lors du Forum, des défenseurs autochtones ont décrit comment leurs communautés subissent de plein fouet les inondations et les incendies, et ont exigé un accès direct aux financements climatiques.
« La demande d’accès direct aux financements par les peuples autochtones est une question de droit. Elle est explicitement mentionnée dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, car, en raison des injustices historiques et de la nécessité de notre développement, nous avons besoin d’un accès direct aux ressources financières »
« Nous ne demandons pas la charité. Nous ne demandons pas de privilèges. Il s’agit d’un droit pour nous, car c’est une question de justice sociale. Cela nous permet simplement de nous adapter aux impacts du changement climatique, que nous n’avons pas créés. »
— Joan Carling, militante autochtone Kankanaey Igorot des Philippines, ancienne membre du Forum permanent et directrice de l’organisation Indigenous Peoples Rights International
Une analyse de la Rainforest Foundation Norway révèle qu’entre 2011 et 2020, les peuples autochtones et les communautés locales impliquées dans la gestion des terres et des forêts n’ont reçu que moins de 1 % des financements mondiaux pour l’atténuation et l’adaptation au changement climatique. Malgré les appels des experts autochtones de l’ONU à les distinguer, ils sont souvent regroupés avec les « communautés locales » dans les espaces de conservation.
La crise climatique force de nombreux dirigeants autochtones à faire des choix déchirants : reconstruire leurs foyers après des catastrophes ou déplacer des villages entiers de leurs terres ancestrales. Ces décisions sont d’autant plus difficiles en l’absence de ressources financières, alors que des décisions de justice internationale affirment leur droit à des réparations pour les dommages causés par le changement climatique.
« Nous protégeons les forêts, nous préservons la biodiversité »
« Une fois que les droits des communautés sont reconnus, c’est la base sur laquelle tout peut devenir durable dans le temps. »
— Deborah Sanchez, militante autochtone Miskito du Honduras, directrice de l’initiative Community Land Rights and Conservation Finance, créée en 2021 pour répondre au besoin de financements climatiques directs
Le Fonds vert pour le climat (GCF), principal fonds climatique mondial désigné par l’Accord de Paris, dispose d’un portefeuille de 20 milliards de dollars. Pourtant, aucune organisation autochtone n’a été accréditée pour en bénéficier, selon Helen Magata, militante autochtone Kadaclan Igorot et membre du comité consultatif autochtone du fonds, créé en 2022.