Le professeur Jonathan Zimmerman, de l’Université de Pennsylvanie, signe un essai marquant dans la revue Liberties, une publication récente mais déjà reconnue pour la qualité de ses analyses. Son texte, intitulé « Le Président et les universités », s’ouvre sur une scène révélatrice : en mars 2023, six semaines après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Zimmerman participe à un colloque réunissant des spécialistes de l’éducation américaine.

La première table ronde aborde, comme il se doit, les menaces de Trump pesant sur le financement des universités, la liberté d’expression sur les campus et d’autres enjeux cruciaux. L’occasion pour Zimmerman de poser une question dérangeante : et si les universités avaient, elles aussi, une part de responsabilité dans la situation actuelle ?

« Nous sommes tous d’accord pour critiquer Trump, mais qu’avons-nous fait – ou pas fait – pour en arriver là ? » lance-t-il au public. Sa proposition de « regarder dans le miroir plutôt que de se retrancher derrière des remparts » suscite un malaise immédiat. Une participante réagit vivement : « Je suis profondément offensée par l’expression *se retrancher derrière des remparts*, qui évoque l’histoire douloureuse de la déportation et du génocide des peuples autochtones. »

Le silence s’installe, puis la modératrice intervient pour rappeler l’importance d’un langage inclusif. Le débat, initialement centré sur les attaques de Trump contre la liberté académique, se conclut sur une mise en garde contre les mots employés. Une conclusion symptomatique d’une perte de foi dans le rôle même des universités.

Depuis soixante-quinze ans, le récit dominant présente les universités comme des laboratoires de dialogue démocratique et de compréhension mutuelle. Pourtant, comme le souligne Zimmerman, ce discours ne résiste pas à l’épreuve des faits. Une véritable introspection aurait pu donner lieu à un échange constructif : pourquoi cette expression a-t-elle heurté ? Quelles leçons en tirer pour l’enseignement supérieur ? Au lieu de cela, la modératrice a clos le débat sur une note moralisatrice, évitant soigneusement toute remise en question.

Pour Zimmerman, cette scène illustre un problème plus large : les universités sont « en train de déjeuner », c’est-à-dire qu’elles restent aveugles aux raisons de leur perte de crédibilité et incapables de se réinventer. Trump incarne une menace réelle, mais le rejet croissant de l’enseignement supérieur par une partie de la population – y compris parmi les démocrates – précède largement son retour au pouvoir.

Plusieurs facteurs expliquent cette défiance : des frais de scolarité en constante augmentation, des diplômes dont la valeur sur le marché du travail est de plus en plus contestée, et une communication souvent perçue comme déconnectée des réalités sociales. Pourtant, les universités clament haut et fort leur engagement en faveur du bien commun. Pour regagner la confiance, elles ne peuvent plus se contenter de se protéger. Il est temps de regarder dans le miroir.

Quelle est donc la responsabilité des enseignants et des chercheurs dans cette crise ? Comment concilier excellence académique et accessibilité ? Zimmerman appelle à une réflexion urgente, loin des postures défensives, pour redonner un sens à la mission des universités : former des citoyens éclairés, pas seulement des diplômés.

Source : Reason