Deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération en construction

Les États-Unis viennent de franchir une étape symbolique dans le domaine de l'énergie nucléaire. Pour la première fois depuis plus d'une décennie, deux nouveaux projets de réacteurs de nouvelle génération ont été lancés en une semaine seulement.

Le 12 avril dernier, Kairos Power, une entreprise spécialisée dans les réacteurs avancés, a posé la première pierre de sa centrale de démonstration à Oak Ridge, dans le Tennessee. Quelques jours plus tard, TerraPower, fondée par Bill Gates, a officiellement débuté la construction de sa première centrale nucléaire à Kemmerer, dans le Wyoming. Ces deux projets marquent un tournant dans la relance du nucléaire américain, longtemps en stagnation.

Des réacteurs plus sûrs et plus efficaces

Contrairement aux réacteurs traditionnels, ces nouvelles installations intègrent des technologies de pointe pour améliorer la sécurité et l'efficacité énergétique. Chris Levesque, PDG de TerraPower, a souligné auprès du Wall Street Journal que leur réacteur n'est pas un simple prototype : « Il s'agit d'une centrale nucléaire à l'échelle du réseau, conçue pour être opérationnelle en 42 mois. »

Ces avancées interviennent alors que le pays peine à suivre le rythme de la Chine, leader mondial en matière de construction de nouveaux réacteurs. Malgré ces initiatives, des obstacles persistent, notamment en Californie, où une interdiction législative empêche toujours la construction de nouvelles centrales.

Une solution économique pour prolonger la durée de vie de Diablo Canyon

Une étude récente du Massachusetts Institute of Technology (MIT) révèle que le maintien en service de la centrale de Diablo Canyon, en Californie, jusqu'en 2045 pourrait générer des économies substantielles. Selon les chercheurs, cette extension permettrait d'économiser plus de 7,6 milliards de dollars en coûts d'investissement et d'exploitation, soit plus de 500 millions de dollars par an.

Les économies pourraient même atteindre 20 milliards de dollars si l'on compare cette option aux alternatives renouvelables imposées par la législation californienne pour atteindre ses objectifs climatiques d'ici 2045. « Dans ce scénario, la valeur actuelle nette des économies dépasse les 20 milliards de dollars, soit plus de 1,3 milliard de dollars par an », précise le rapport du MIT.

Le gouvernement américain mobilise l'industrie nucléaire pour la défense

Face à la dépendance historique des États-Unis aux importations de combustible nucléaire, notamment en provenance de Russie, le Département de l'Énergie a décidé d'agir. Depuis 2028, une loi interdit les importations de combustible enrichi russe, poussant les autorités à trouver des solutions alternatives.

Pour accélérer la production locale, le gouvernement a utilisé le Defense Production Act, une loi datant de la guerre de Corée qui permet à l'État de diriger la production industrielle. Jeudi dernier, le Département de l'Énergie a annoncé la création du Nuclear Fuel Cycle Consortium, une alliance regroupant plus de 90 entreprises du secteur nucléaire.

L'objectif ? Renforcer la chaîne d'approvisionnement en combustible nucléaire et réduire la dépendance aux importations. Cette initiative s'inscrit dans une stratégie plus large visant à relancer l'industrie nucléaire américaine, tant pour des raisons énergétiques que stratégiques.

Un avenir nucléaire encore incertain

Malgré ces avancées prometteuses, le secteur nucléaire américain reste confronté à des défis majeurs. Outre les obstacles réglementaires, comme l'interdiction en Californie, le pays doit également faire face à une opposition persistante de certains groupes environnementaux, qui considèrent le nucléaire comme une énergie dangereuse et coûteuse.

Cependant, avec des acteurs comme TerraPower et Kairos Power à la manœuvre, ainsi qu'un soutien gouvernemental croissant, l'industrie nucléaire américaine pourrait bien connaître un renouveau. Reste à savoir si ces projets suffiront à combler l'écart avec la Chine et à répondre aux besoins énergétiques du pays dans les décennies à venir.