Une loi américaine aux répercussions lointaines

Washington et l'Amérique du Sud sont séparées par plus de 7 000 kilomètres. Pourtant, une décision réglementaire prise aux États-Unis pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les écosystèmes sud-américains. Le GENIUS Act, signé par Donald Trump en juillet 2025, impose aux stablecoins — des cryptomonnaies indexées sur le dollar américain — d’être adossées à des réserves en dollars ou en titres du Trésor américain.

Une demande énergétique insoutenable

Cette mesure, en structurant un marché jusqu’alors peu régulé, risque d’amplifier la demande en cryptomonnaies et en centres de données. Ces infrastructures consomment des quantités colossales d’électricité, poussant les mineurs à rechercher des sources d’énergie bon marché. Des pays comme le Brésil et le Paraguay, déjà sous pression, voient leurs systèmes électriques mis à rude épreuve.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique liée aux cryptomonnaies pourrait augmenter de plus de 40 % d’ici 2026. En 2022, ce secteur a déjà englouti environ 110 térawattheures, soit cinq fois la consommation annuelle du Paraguay, bien que cela ne représente qu’une fraction de celle du Brésil.

Le fonctionnement énergivore des cryptomonnaies

Le système de validation Proof of Work, utilisé par des cryptomonnaies comme le Bitcoin, repose sur des milliers d’ordinateurs en compétition permanente pour résoudre des problèmes cryptographiques. Ce processus, fonctionnant 24h/24 et 7j/7, exige une puissance de calcul et une consommation électrique colossales. Lorsque les prix des cryptomonnaies montent, l’attrait pour le minage s’accroît, augmentant encore la demande énergétique.

Des écosystèmes en danger

Deux régions d’Amérique du Sud sont particulièrement menacées :

  • Le Pantanal : la plus grande zone humide tropicale du monde, s’étendant sur le Brésil, la Bolivie et le Paraguay. Elle dépend du régime hydrologique du bassin du fleuve Paraguay, essentiel pour la survie de sa faune et de sa flore.
  • Le Gran Chaco : la plus grande forêt sèche d’Amérique du Sud, couvrant le Paraguay, la Bolivie et l’Argentine. Elle abrite des espèces emblématiques comme le jaguar, le tatou géant et des centaines d’espèces d’oiseaux, ainsi que les territoires traditionnels de peuples autochtones.

Ces écosystèmes, parmi les plus riches en biodiversité au monde, subissent déjà les pressions du minage de cryptomonnaies. Les infrastructures énergétiques nécessaires pour alimenter les fermes de serveurs menacent leur équilibre écologique.

« Le GENIUS Act a plus de chances d’accroître la demande mondiale en cryptomonnaies qu’à freiner le secteur. » — Francis Wagner, responsable des cryptomonnaies chez Hurst Capital

Des solutions en débat

Cleber Leite, directeur de l’énergie durable et de la bioéconomie à l’Instituto E+ Transição Energética au Brésil, souligne que les mineurs recherchent systématiquement une électricité à bas coût, souvent au détriment des ressources locales et des écosystèmes fragiles.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour promouvoir des alternatives :

  • L’adoption de méthodes de validation moins énergivores, comme le Proof of Stake.
  • La mise en place de réglementations strictes pour limiter l’impact environnemental du minage.
  • Le développement de sources d’énergie renouvelable dédiées aux infrastructures numériques.

Sans mesures urgentes, l’expansion du minage de cryptomonnaies pourrait accélérer la dégradation des écosystèmes sud-américains, mettant en péril des siècles d’équilibre naturel.