Une enquête née d’un simple tableau Excel
Tout a commencé par un fichier Excel. En analysant des données judiciaires fédérales, notre équipe a remarqué une hausse inhabituelle : dès les premiers mois de l’administration Trump en janvier 2025, les poursuites pour intrusion sur des terrains militaires ont bondi. Plus de cas ont été enregistrés en 2025 que durant la décennie précédente.
Des zones militarisées sous couvert de sécurité nationale
Au printemps 2025, la Maison-Blanche a désigné de vastes étendues de terre le long de la frontière sud comme zones de défense nationale. Ces territoires, placés sous l’autorité militaire, ont permis aux soldats d’intervenir directement dans l’appréhension de migrants en situation irrégulière — une première, car l’armée est généralement interdite d’appliquer la loi sur le sol américain.
Les contrevenants risquent désormais des poursuites pour violation de lois fédérales, dont une datant de 1909, initialement conçue pour protéger les arsenaux militaires. Pourtant, les migrants ignoraient souvent qu’ils pénétraient sur ces terrains.
Des milliers de poursuites, mais peu de condamnations
Depuis avril 2024, au moins 4 700 migrants accusés d’entrée illégale ont également été inculpés pour intrusion militaire. Dans plus de 60 % des cas résolus, ces chefs d’accusation ont été abandonnés ou rejetés par les tribunaux. Pourtant, les procureurs continuent de les multiplier.
Une justice difficile à établir
Notre enquête sur le terrain a révélé les obstacles à ces poursuites :
- Des migrants analphabètes ou ne parlant ni anglais ni espagnol.
- Des panneaux de signalisation espacés et peu visibles.
- Des arrestations souvent éloignées des zones concernées.
« Il est presque impossible de prouver qu’une personne savait qu’elle pénétrait sur un terrain militaire. »
Les autorités justifient les poursuites
Un porte-parole du ministère de la Justice a affirmé que ces poursuites avaient un effet dissuasif sur les traversées illégales et les activités des cartels. Les procureurs soutiennent, quant à eux, que le simple fait de franchir illégalement la frontière suffit à établir l’intention criminelle.
Les responsables des bureaux du procureur refusent de s’exprimer malgré nos demandes répétées.
Les conséquences humaines
Certains migrants ont passé plus d’un mois en détention avant leur procès. D’autres, malgré l’abandon des charges, gardent des séquelles juridiques et administratives.
Cette enquête met en lumière les dérives d’une politique migratoire militarisée, où la précipitation prime sur la précision juridique.