Le projet de loi CLARITY, en suspens au sein de la commission bancaire du Sénat américain, retarde l'adoption de règles essentielles pour encadrer les marchés crypto. Ces mesures, alignées sur la position pro-crypto de l'administration Trump, pourraient désormais voir leur mise en œuvre reportée.
Selon les analystes de Galaxy Research, les chances d'adoption en 2024 oscillent entre 50 % et moins, en raison de désaccords persistants sur la régulation des DeFi, la répartition des compétences juridiques et les dispositions relatives aux rendements des stablecoins. Ce texte ambitieux couvre la classification des tokens, l'enregistrement des plateformes d'échange et des courtiers, ainsi que les exemptions logicielles et les règles DeFi.
Parmi les points les plus controversés figure la question des rendements des stablecoins, un sujet qui oppose Wall Street à l'industrie crypto. Une paralysie législative pourrait permettre au marché de trancher avant que le Congrès ne s'empare définitivement du dossier.
Le débat sur les rendements des stablecoins
Le projet de loi GENIUS Act interdit explicitement aux émetteurs de stablecoins de verser des intérêts ou des rendements pour la simple détention de ces actifs. Cependant, une zone d'ombre subsiste : les plateformes d'échange et les tiers peuvent-ils proposer des cashbacks, des bonus de parrainage ou des rendements promotionnels sans enfreindre cette règle ?
Les propositions de mars de l'OCC et d'avril de la FDIC ont élargi les hypothèses anti-évitement à certaines entités affiliées et partenaires, restreignant ainsi le champ des possibles. Pourtant, ces textes restent des propositions en attente de finalisation, et les régulateurs peinent encore à définir précisément ce qui est interdit.
Les banques traditionnelles perçoivent cette zone grise comme une menace existentielle pour leur compétitivité. Dans une lettre adressée à la FDIC, l'American Bankers Association (ABA) a mis en garde contre un risque de retrait de jusqu'à 6 600 milliards de dollars de dépôts bancaires, attirés par les incitations proposées par les plateformes d'échange. Standard Chartered estime, quant à lui, que les retraits pourraient atteindre 500 milliards de dollars d'ici 2028, avec un impact plus marqué sur les banques régionales.
L'argument central repose sur le fait que les rendements offerts par les stablecoins rendent ces actifs aussi attractifs que les dépôts bancaires, tout en échappant aux exigences de réserves, aux règles de capital et aux coûts d'assurance des banques.
L'analyse de la Maison Blanche contredit les craintes
En avril, le Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche a publié une contre-analyse, estimant que l'interdiction des rendements des stablecoins augmenterait les prêts bancaires de 2,1 milliards de dollars (soit 0,02 %) et imposerait un coût net de bien-être de 800 millions de dollars.
À ce jour, le marché des stablecoins dépasse 320 milliards de dollars, contre 19 100 milliards de dollars de dépôts bancaires commerciaux aux États-Unis. Représentant environ 1,66 % de l'assiette des dépôts, les stablecoins génèrent une concurrence marginale sans menacer la stabilité globale du système de financement.
Un scénario hypothétique : si le marché des stablecoins passait de 320 à 500 milliards de dollars, avec chaque dollar supplémentaire provenant de dépôts bancaires, le déplacement représenterait 0,96 % des dépôts actuels. Un niveau suffisant pour tester la capacité des institutions locales à ajuster leurs tarifs, sans compromettre la solidité du système.
Un scénario favorable en cas de blocage
Si le projet CLARITY reste en suspens et que les régulateurs ne verrouillent pas la question des rendements, les plateformes d'échange pourraient continuer à exploiter cette zone non régulée. Un environnement incertain qui permettrait au marché de s'auto-réguler avant toute intervention législative.