En 2013, j’avais défendu l’idée que, selon la jurisprudence de la Cour suprême, l’édition algorithmique constitue une forme de liberté d’expression protégée par le Premier Amendement. La Cour a réaffirmé cette position dans l’arrêt Moody c. NetChoice, concernant la priorisation algorithmique du contenu sur les plateformes sociales.

Cette jurisprudence, bien que juridiquement fondée, suscite des critiques compréhensibles. L’invalidation des lois régulant les décisions algorithmiques des sites web soulève des questions troublantes. Certains plaident pour une refonte du Premier Amendement, tandis que d’autres proposent des solutions plus ciblées, comme considérer les plateformes comme des acteurs étatiques ou des transporteurs communs.

Dans mon ouvrage à paraître, Content Moderation and the First Amendment, j’analyse ces différentes réponses pour limiter l’impact de l’arrêt Moody. La solution la plus solide, selon moi, consiste à exclure de la protection du Premier Amendement les choix éditoriaux des monopoles. Contrairement aux autres propositions, cette approche évite les distinctions arbitraires et se concentre sur les entreprises sans concurrence significative.

J’examine également une autre piste : étendre la jurisprudence Moody en considérant que l’intérêt du public suffit à déclencher la protection du Premier Amendement. Cela signifierait que les messages générés par l’IA, sans intervention humaine, seraient traités comme des discours protégés.

Cependant, je ne penche ni pour l’une ni pour l’autre de ces solutions. D’une part, je préfère éviter les exceptions ad hoc basées sur le pouvoir de marché. D’autre part, protéger les contenus entièrement générés par l’IA me semble une transformation trop radicale, justifiant une approche prudente.

Je conclus en soulignant que ces enjeux deviendront encore plus complexes à mesure que les plateformes sociales gagneront en influence et que l’intelligence artificielle générale se rapprochera de la réalité. Les clivages sur ces questions refléteront davantage les positions individuelles que les divisions traditionnelles du Premier Amendement. Comme dans d’autres domaines, le terrain juridique est en pleine mutation, rendant les débats actuels plus instables que jamais.

Source : Reason